Kean

 

Kean : un nom qui fait rêver, qui évoque beaucoup de souvenirs, une histoire écrite par Alexandre Dumas père pour le célèbre acteur Frédérick Lemaître.

Comment ne pas oublier le retour sur scène de Jean-Paul Belmondo dans le rôle titre et dans la continuité celui de Frédérick, rôle écrit par Eric Emmanuel-Schmitt pour Jean-Paul Belmondo, à sa demande, dans « Frédérick ou le boulevard du Crime » : les deux pièces jouées dans le théâtre Marigny.

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Kean c’est Edmond Kean (1787-1833), un comédien britannique qui connut une immense popularité avec ses interprétations dans les pièces de William Shakespeare.
Le sous-titre de cette pièce « Désordre ou génie » résume à lui seul la personnalité de cet extravagant acteur.
Un acteur acclamé par le tout Londres jusqu’au prince de Galles, joué par Frédéric Gorny (connu du grand public pour son rôle dans la série « Avocats et Associés ») qui en fait son ami, sans doute à son dépend, lui-même étant un coureur invétéré de jupons.photolot kean04

 

 

Kean : un acteur qui a consacré sa vie à la scène, vie excessive dans tous les domaines où les femmes et l’argent seront ses moteurs et sa perte.
L’adaptation passionnante et très bien écrite de Jean-Paul Sartre apporte une vision plus large, plus philosophique du personnage (est-il réel ou bien joue-t-il ?), de sa vie, de son entourage, du statut social, de la société dans laquelle il nage, il surnage. Le tout donnant un superbe hommage au Théâtre, à la passion d’être un acteur.
Par ailleurs, Jean-Paul Sartre a respecté l’œuvre de Dumas, comment ne pas voir les similitudes de leurs vies, tous deux issus d’un milieu modeste et qui ont gravi toutes les marches jusqu’à la Gloire, la Reconnaissance : mais au final, l’acteur ne serait-il pas, ne resterait-il pas un saltimbanque ?
Une dénomination qui perce le cœur, qui renvoie l’individu à sa triste réalité, à sa superficialité : peut-on prendre au sérieux un saltimbanque ?

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Ce soir Kean est Alexis Desseaux (connu du grand public pour son rôle de Motta dans la série télévisée « Julie Lescaut »), qui disons-le tout de suite fait complètement oublier son illustre prédécesseur. Alexis Desseaux est magistral, il endosse le rôle avec une telle humanité, une telle fougue, il a une telle présence qu’il nous fait oublier les excès du personnage pour ne voir que l’Homme : celui pour lequel on a de l’admiration. En dehors de tout cabotinage son interprétation donne de la profondeur, de l’épaisseur au personnage, il tient son rôle sans le moindre relâchement.
photolot kean02Pendant cinq actes, dans cinq décors, il va nous emmener dans ses délires, ses passions, ses amours partagés entre Elena de Koefeld, femme de diplomate, jouée par Sophie Bouilloux et Anna, une riche jeune fille, jouée par Justine Thibaudat,  jusqu’à sa crise de folie qui éclate en pleine représentation devant un public médusé.photolot kean03
La solution pour sortir de cette impasse dans laquelle il s’est fourré : l’exil.

 

 

Mais la réussite de ce spectacle c’est avant tout un travail de troupe, que Molière n’aurait pas renié et qu’Alain Sachs, le metteur en scène, a su habilement et adroitement mené avec ses comédiens. Cet esprit de troupe se voit par exemple lors des changements de décors : tous y participent.
J’ai retrouvé l’Alain Sachs que j’aime, celui qui maîtrise parfaitement la fluidité de l’action, le rythme, rythme qu’il insuffle à cette tragi-comédie ; celui qui maîtrise le jeu, le geste, la parole, à la virgule et utilise l’espace scénique à bon escient.
C’est un travail très soigné qu’Alain Sachs nous présente dans ce Théâtre 14, tant au niveau des décors de Sophie Jacob, que des costumes de Pascale Bordet, que de la musique de Frédéric Boulard et des lumières de Muriel Sachs.
L’ensemble s’emboite parfaitement, sans que l’une ou l’autre partie tire la couverture à soi, et donne toute la restitution de cette époque qu’a voulu Alain Sachs dans sa mise en scène.
Avec son œil qui frise  et son carnet de notes à proximité, Alain Sachs est un éternel enfant qui s’émerveille et qui nous émerveille.

Il n’y a pas de petits rôles dans cette pièce, chacun est indispensable à la bonne construction du puzzle, chacun maîtrise sa partition, chacun capte notre attention par sa présence, par son jeu : j’ai rarement assisté à une première aussi aboutie.

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Pierre Benoist, Jacques Fontanel, Eve Herszfeld et Stéphane Titeca complètent la distribution et nous procurent avec leurs camarades une immense joie d’avoir assister à une pépite du répertoire.

 

 

Mais en définitif qui est Kean ? Un séducteur ? Un homme en manque d’amour ? Quel masque voit-on ? Celui de l’homme ou celui de l’acteur ?
La réponse est au Théâtre 14.

Mon coup de cœur pour cette rentrée théâtrale, un spectacle à ne pas manquer !

 

« Kean » au Théâtre 14, les mardis, vendredis et samedis à 20h30 et les mercredis et jeudis à 19h, matinée les samedis à 16h, jusqu’au 23 février (représentation supplémentaire le lundi 11 février à 19h).

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