Localement agité

 

« Localement agité » d’Arnaud Bedouet mise en scène par Hervé Icovic au théâtre de Paris, une histoire de fratrie par temps calme ou localement agité dans une très belle écriture chorale : six comédiens très inspirés et formidablement présents dans leurs rôles.

Peut-on s’affranchir du fantôme de ses ancêtres et en particulier de son père ?

 

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Dans un huis clos où la différence est dans les détails, « Localement agité » nous raconte la rencontre, un 29 février, d’une sœur avec ses quatre frères et une belle sœur, dans la maison familiale, dans la Bretagne profonde pas très loin d’un rocher…
Une maison habitée par Yves, le frère, jusqu’à la décision de sa mise en vente, c’est-à-dire pas avant d’avoir accédé à la dernière volonté du père.
Leur père décédé quatre années auparavant a pour dernier souhait que ses cendres soient dispersées dans la mer par ses enfants le jour anniversaire de son décès, par vent de sud-est. Mais comme il a eu la bonne idée de décéder un 29 février, ils ne peuvent se réunir qu’une fois tous les quatre ans et encore faut-il que ce jour là, le vent soit de la partie pour exhausser sa dernière volonté…

Une réunion localement agitée où les aigreurs de chacun vont remonter à la surface et donner du piquant à cette rencontre : une digestion qui n’en finie pas.

Le père, figure emblématique, philosophe reconnu, au passé ambigu qui aurait mérité de rester dans le passé, a laissé derrière lui une fratrie fragile. Une fratrie qui a du mal à communiquer, d’autant plus qu’ils sont cinq, chacun avec son caractère, chacun avec son parcours de vie, chacun avec ses névroses, ses rancunes, essaye de faire bonne figure pour satisfaire la dernière volonté de ce père bien envahissant.
De leur susceptibilité, de leur sensibilité à fleur de peau, ils devront le temps d’une longue journée cohabiter et se livrer : exprimer tout ce qu’ils ont gardé au fond de leur cœur, de leur mémoire. Ils devront essayer de maîtriser leur impulsivité qui les rend agressifs et qui empêche un dialogue serein.
A se demander si leur père, qui les connaissait bien, ne serait pas à l’origine de cette petite réunion qui se transforme en conseil de famille.
Bien qu’ils ne se rencontrent pas souvent, ils se connaissent dans leurs travers et chacun n’en sortira pas indemne. Mais au fond, à l’issue de cette épreuve, ne deviendront-ils pas plus soudés, ouverts vers une nouvelle vie dans le respect de chacun ?

Arnaud Bedouet qui a écrit ce très beau texte, ce très beau chant d’amour, joue adroitement le rôle de ce frère Yves, d’un abord pudique, amoureux, un écrivain en mal d’inspiration, à l’angoisse facile, qui avant tout veut satisfaire son père.
IMG_2425Mais il faut concilier tout ce petit monde, notamment Clément, le frère joué tout en nervosité par Thierry Frémont, un homme qui s’est forgé à la force du poignet et qui en veut terriblement à son père pour son manque de reconnaissance. Lui qui a tendance à regarder au-delà de son épouse et qui passe son temps sur le rocher afin d’essayer de capter un peu de réseau pour sauver son couple qui part à la dérive.
Un peu dans le même moule, il y a la sœur Marie, jouée tout en sensibilité par Anne Loiret, cette sœur au bon cœur qui détient un secret, et qui vit en équilibre sur un fil instable. De quel côté sa vie va pencher ? Ne serait-elle pas un peu trop idéaliste ?
Il y a aussi ce petit poisson qui prend souvent la tasse, ce pantin désarticulé qui amuse la galerie, ce frère piètre éditeur joué par Nicolas Vaude avec cette démarche et son phrasé si particulier, qui à chaque fois que je le vois sur scène me donne beaucoup de bonheur.
Guillaume Pottier joue avec générosité le petit dernier de la fratrie, celui qui vit dans son monde, celui qui a du mal à confronter à la réalité sa philosophie de la vie. Un soleil dans cette sombre journée.
IMG_2427Et puis, il y a la pièce rapportée, la belle sœur, l’ex femme de Pierre, Jeanne, jouée tout en douceur et lucidité par Lisa Martino. Celle qui est venue à la demande du défunt père et qui tient à respecter sa volonté. De son émotivité, elle en a fait une force de franchise et sait être à l’écoute de l’autre.

 

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Dans ce beau décor de Jean Haas, à l’âme bretonne, il fallait un metteur en scène qui amène naturellement et avec intelligence ses comédiens vers une communion familiale.
Hervé Icovic a su tirer l’essence de ce texte et nous conduire vers un vent de liberté qui nous embarque sur la mer de la renaissance.

 

« Localement agité » au théâtre de Paris, salle Réjane, du mardi au samedi à 21h00, le samedi à 17h00 et le dimanche à 15h00.

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