Le Misanthrope

 

« Le Misanthrope » de Molière dans une mise en scène simple mais efficace de Peter Stein au Théâtre Libre : une vision très sombre du personnage donnant priorité au texte.

 

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Le Misanthrope est une comédie mais pas comme celles dont nous avons l’habitude de nous régaler avec Molière, comme par exemple « L’école des femmes » ou « Tartuffe » ; ici point de bouffons qui font rire dès leurs entrées, même si Alceste apparaît avec des rubans verts sur ses manches, signe de reconnaissance en son temps.
Nous avons à faire à un personnage fortuné de la haute cour, en bel habit.

L’argument de cette pièce est des plus simples et va tenir cinq actes.
Alceste amoureux de Célimène n’a qu’un seul désir, la retrouver seule chez elle afin qu’elle se déclare. Mais à chaque rencontre un grain de sable va venir gripper la machine et il faudra attendre le cinquième acte pour enfin connaître sa réponse.

Toute l’action de la pièce se passe dans un seul lieu : le salon de Célimène.
Et bien que sa construction soit postérieure à la création de cette comédie en 1666, le décor de Ferdinand Woegerbauer, tout en longueur, m’a fait penser à la galerie des glaces du château de Versailles, sa magnificence en moins.
Lieu de passage où l’on y pénètre uniquement à cour et jardin et dont les vitres/miroirs sont les confidents des passages de notre Alceste et notre Célimène, et le reflet de leurs âmes jusqu’à son ouverture…

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Ici point de fioritures qui pourraient retenir notre attention mais qui au contraire nous laissent nous concentrer sur le texte, sur la vision du metteur en scène : des alexandrins qui sonnent bien.
Seuls les très beaux costumes d’Anna Maria Heinrich accompagnés de leurs perruques d’Alexander Kinds apportent cette touche de beauté, de couleur, dans cet univers glaçant.
Les belles lumières de François Menou soulignent les visages, les expressions des comédiens : un prolongement de leurs souffrances.
A noter la beauté de ce vent qui souffle entre les actes…porteur de messages…

Misanthrope me dire-vous, eh bien oui notre Alceste dans le premier acte nous donne sa définition : toute l’humanité ne trouve grâce à ses yeux, rien ne sert de la fréquenter. Il ne supporte plus cette tolérance faite aux malintentionnés, aux méchants, qui se sortent toujours du mauvais pas grâce à leur puissance. Un idéaliste en quelque sorte, lui qui se refuse de composer comme lui suggère, lui demande son ami Philinte joué tout en écoute par Hervé Briaux.
Une scène très drôle lorsqu’apparaît Oronte joué tout en finesse par Jean-Pierre Malo, celui par qui la foudre d’Alceste va donner toute la mesure de son courroux. Il est irrésistible dans la lecture de son sonnet qui soyons honnêtes est bien d’une médiocrité sans nom et donne raison à Alceste joué par Lambert Wilson.

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Lambert Wilson nous délivre par sa généreuse interprétation une facette de sensibilité qui vient en opposition avec la noirceur du personnage, malgré ses nombreux coups de sang devant la sottise humaine qui le font débouler comme un jeune taureau dans un jeu de quilles. Il en devient touchant dans son combat amoureux, lui qui n’arrive pas à décrocher le cœur de sa bien aimée Célimène et qui repartira seul dans son désespoir.

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Célimène, de sa jeunesse, elle ne veut pas se priver, elle veut vivre sa vie et ne pas s’enfermer, s’éloigner du monde comme pourrait l’en priver Alceste si elle le suivait. Pauline Chevallier joue cette Célimène avec la grâce et la légèreté d’une danseuse. Elle esquive les situations comme des sauts d’un jeune félin qui sort ses griffes à l’occasion.
Son valet Basque joué par Patrice Dozier est un exemple de simplicité : un petit rôle pour un grand bonhomme.

Gravitent autour de nos héros, Eliante, la cousine de Célimène jouée par Manon Combes, un jeu tout en coquetterie au sourire réjouissant. Brigitte Catillon joue cette vieille fille aigrie avec beaucoup de classe. Paul Minthe et Léo Dussolier dans les rôles des deux petits marquis, Acaste et Clitandre, jouent à la perfection ces deux êtres prétentieux, efféminés, à la conversation plus que limitée.
Jean-François Lapalus dans Dubois et Dimitri Viau dans le garde de la Maréchaussée complètent cette brillante distribution, sans oublier les valets joués par Arthur Alexiu et Gauthier Buhrer.

Un Misanthrope dont au aurait tort de se priver.

 

« Le Misanthrope » au Théâtre Libre, du mardi au samedi à 20h00 et matinées le samedi et le dimanche à 16h00.

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