Les Rivaux

 

« Les Rivaux » de Richard Brinsley Sheridan dans une traduction et adaptation de Sylviane Bernard-Gresh et Frédérique Lazarini, mis en scène par Anne-Marie Lazarini, actuellement à l’Artistic Théâtre, est à l’heure du thé, un goûter raffiné qui se déguste sans faim.

 

0x1200x18644-orDans cette société anglaise du XVIIIe siècle où sa bourgeoisie est toujours soucieuse d’afficher sa primauté culturelle et financière, comment conquérir le cœur de sa bien-aimée ? Quand celle-ci n’aspire qu’à un amour sincère, où l’argent ne sera pas un prétexte à l’union. Tout naturellement en se faisant passer pour un autre, un simple quidam, loin de tous les fastes d’un rang qui fragilisent la pureté des sentiments.
Cette pièce à l’inspiration shakespearienne m’a fait tout de suite penser à « La nuit des rois ». Une comédie, une farce très souriante, légère, qui apporte au fur et à mesure de la montée de l’intrigue son lot de rires.

Dans la ville de Bath, une ville balnéaire où il fait bon vivre, une ville d’eau où l’on peut aussi bien s’amuser que s’ennuyer, notre héroïne Lydia aime en secret de sa tante, qui la déshériterait si elle apprenait qu’elle veut épouser un homme qui n’est pas de son rang, un simple soldat sans le sou au nom de Beverley. Sauf que cette jeune personne, aventurière dans l’âme, ne souhaite qu’une chose, renoncer à cet héritage et filer le parfait amour en s’enfuyant avec lui : un enlèvement des plus romanesques.
Mais il faut bien des rebondissements, des quiproquos, des parties de cache-cache, pour nous amener à prendre plaisir, à rire de cette comédie. Ce soldat sans le sou n’est en fait que le capitaine Absolute qui a déguisé son identité, et prend un plaisir à déjouer les plans de la tante.
UZND8647Tout se complique quand son père entre dans la danse et veut lui faire épouser Lydia, au risque de faire échouer son plan si elle apprenait sa vraie personnalité.
Pour corser un peu plus l’histoire d’autres prétendants, d’autres rivaux, viendront perturber le bon déroulement de son plan en le provoquant en duel.
Des soupirants « âgés » tenus par Philippe Lebas (Acres) lâche à ses heures et Marc Schapira (Sir Lucius O’Trigger) qui dans un premier temps peuvent perturber mais qui sont d’une délicatesse et d’une précision dans leurs jeux qu’ils font oublier cette petite réticence.DOXV6027
Des seconds rôles complétés par le jeu de séduction entre Julia, la cousine de Lydia, une rescapée de la noyade jouée par Charlotte Durand-Raucher et Faukland, au tempérament jaloux, joué par Bernard Malaterre : le pendant du couple Lydia-Beverley.
Le tout orchestré par les domestiques, pas si innocents que cela, roublards à leurs heures, joués tout en insolence par Sylvie Pascaud et Willy Maupetit, auxquels on se confie sans méfiance…

Richard Brinsley Sheridan a 24 ans quand il écrit cette pièce. Il s’est inspiré de sa vie pour l’écrire, qui après un léger remaniement, connut un grand succès parmi ses contemporains.
L’adaptation et les dialogues sont très fins, un très beau travail de traduction.CRXJ1054

C’est un délice d’entendre dans la bouche de la tante Mrs. Malaprop, un tant soit peu excentrique, un vocabulaire, avec entre autres des jeux de mots « légers » aux accents toniques, sorti de son grain de folie qui l’habite. Un grain de folie que l’espiègle Catherine Salviat, avec ses faux airs de précieuse ridicule, se délecte à partager ; comment ne pas être sous le charme de ses interventions toutes drôles à souhait. Elle donne l’impression de vivre dans un autre monde.
Le personnage du père, Sir Anthony Absolute, joué par Thomas Le Douarec est aussi charmant. Décidément les rôles à costumes, à l’humour anglais lui siéent à ravir, déjà que je l’avais aimé récemment dans « Le portrait de Dorian Gray », eh bien dans cette pièce il est tout aussi élégant, raffiné ; sa voix chaude et profonde et son phrasé sont une merveille.

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Et nos héros, me direz-vous ?
Alix Bénézech est une Lydia, tout en couleur, en générosité, elle respire la joie de vivre et l’innocence de la jeune amoureuse.
Cédric Colas joue avec facétie ce double rôle de Beverley – Capitaine Absolute, se démenant pour arriver à ses fins. Il sautille comme un cabri pour décrocher le cœur de sa dulcinée.

Dans des costumes de Dominique Bourde, dont une partie est prêtée par l’Opéra de Paris et des décors tout en peinture de François Cabanat, permettant de passer très rapidement d’un lieu à un autre, Anne-Marie Lazarini a pu donner un rythme soutenu à cette comédie et mettre en évidence tous ses ressorts ; comédie construite en finesse par un jeune et fougueux auteur ; le tout en s’entourant de ses complices de jeux ayant le sens de la comédie. On sent véritablement un esprit de troupe au sein de cette compagnie « Les Athévains » et cela fait plaisir à voir sur scène.
La petite musique de Samuel Sené agrémente cette légèreté de jeu, propre à cette comédie enjouée.

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« Les Rivaux » à l’Artistic théâtre, le mardi à 20h00, les mercredis et jeudis à 19h00, le vendredi à 20h30, le samedi à 16h30 et 20h30 et le dimanche à 16h00.

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