La cagnotte

« La cagnotte » d’Eugène Labiche au théâtre du Lucernaire dans une mise en scène de Thierry Jahn est un train du rire lancé à cent à l’heure, n’épargnant aucun travers de la société sur son chemin.

 

afficheEugène Labiche, fort des ses nombreux succès et notamment du « Un chapeau de paille en Italie » (inscrit au répertoire de la Comédie Française en 1938), domine le répertoire du vaudeville (genre peu considéré à l’époque par les gens de lettres) ; il a écrit cette comédie de mœurs, en cinq actes, en 1864…Georges Feydeau n’avait que deux ans… des mécaniques du rire bien huilées qui ne laissent rien au hasard.
Il est un auteur incontournable de son époque pour épingler les petites manies, fourberies, bassesses de cette petite bourgeoisie fleurissante.
Au fond, rien n’a changé aujourd’hui, si ce n’est les progrès technologiques, qui transposent dans une autre dimension toutes nos petites indélicatesses, incivilités. Même les blondes en prenaient déjà pour leur grade avec Labiche.

Black Metal BeautyDans un rythme infernal, comme Labiche sait si bien les construire, il nous embarque pour suivre ce groupe, des petits bourgeois de longue date, de La Ferté-sous-Jouarre (tout un programme…si loin de Paris…40 km…pensez qu’à l’époque ils n’avaient pas l’électricité, étaient à 2 heures de Paris en chemin de fer) qui se réunit chaque semaine, depuis un an, pour jouer aux cartes et épargner quelques sous.
Ce soir, c’est le grand soir, ils vont casser leurs tirelires et compter leurs sous afin de se payer une récréation : il ne reste plus qu’à se mettre d’accord sur l’utilisation de cette manne.
Après moult tergiversations le choix est établi, la majorité a voté, cela sera une journée à Paris : la capitale. Black Metal Beauty
A la suite d’un repas dans un restaurant, une série de malentendus, de quiproquos, comme Labiche en a le secret, va chambouler les plans de cette fine équipe qui les conduira tout droit vers la case prison sans passer par la case départ. Une évasion rocambolesque leur permettra de sillonner les lieux « touristiques » et de rencontrer des âmes perdues…pour finir sans un sou en couchant dans des cartons.

Il fallait une troupe de choc pour interpréter les 17 rôles de cette comédie-vaudeville avec seulement six comédiens (2 femmes et 4 hommes), des comédiens issus de la compagnie la Bigarrure dirigée par Thierry Jahn. Il faut également avoir une bonne condition physique pour suivre le rythme effréné voulu par l’auteur.
Eugène Labiche ne lésinait devant aucun sacrifice pour mettre en exergue les travers de ses contemporains. Aujourd’hui, il est plus difficile économiquement de monter une telle pièce et la mise en scène de Thierry Jahn s’en sort plus qu’honorablement.Black Metal Beauty
Les personnages principaux aux patronymes évocateurs, sont Chambourcy, Colladan, Cordenbois, Léonida, Blanche et Félix Renaudier. Une micro société composée, d’un rentier, d’un pharmacien, d’un notaire, d’un riche fermier, qui pense être le centre du monde.
Certains d’entre eux joueront plusieurs rôles au fur et à mesure que les personnages évolueront dans les différents lieux de l’intrigue.

Tous ces comédiens mettent également leurs talents dans la dure école du doublage, et certains d’entre eux jouent même d’un instrument, le tout avec des chansons, comme toujours dans Labiche, orchestrées par Thierry Jahn qui pianote sur scène en direct, il sait tout faire.
Chacun avec ses mimiques, ses sourires, ses yeux rieurs, ses réparties, joue admirablement ses partitions sans fausses notes.

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Meaghan Dendraël, Xavier Fagnon, Thierry Jahn, Christophe Lemoine, Céline Ronté et Vincent Ropion maîtrisent avec sincérité cette folie de jeu nécessaire pour jouer les maladroits, les touchants, les grotesques. Ils nous transportent avec une joie communicative dans ce tourbillon qui les conduit jusqu’à l’absurdité des situations.

La mise en scène de Thierry Jahn est précise, astucieuse, et permet avec des changements de décors très rapides, intégrés dans l’action, de ne pas pénaliser le rythme ; des décors signés Yohann Jumeaux.
Les costumes de Jérôme Ragon et les lumières de Philippe Marcq complètent avec éclat l’image de cette société qu’Eugène Labiche aime tant railler.

 

« La cagnotte » au théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 19h et matinée le dimanche à 16h, jusqu’au 16 juin.

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