Voyage dans les mémoires d’un fou

 

« Voyages dans les mémoires d’un fou » de, avec et mis en scène par Lionel Cecilio au théâtre Essaïon, un voyage qui nous rappelle qu’il ne faut pas oublier de vivre !

Un seul en scène d’une rare intensité, prodigieusement intelligent, d’une magnifique écriture, d’une sensibilité et d’une drôlerie qui vous envoient au tapis KO.

 

afficheNous sommes les témoins involontaires ou pas de la dernière nuit d’un jeune homme atteint d’une maladie incurable qui couche sur le papier ses mémoires ; ses mémoires d’un fou : mais qui est le fou ? Lui ? Vous ? Nous ?
Il s’adresse à un lecteur imaginaire qui se matérialise par le spectateur que nous sommes, brisant ainsi le quatrième mur, mais vous l’aurez compris un spectateur qui n’a pas le droit de réponse, alors écoutons.

Quelques notes de musique s’envolent d’un violoncelle et notre personnage fait son entrée par une porte où une belle lumière s’échappe ainsi qu’une conversation, surtout qu’on ne le dérange pas, il va, le temps d’une nuit, s’attabler et écrire.
Une simple table, avec une plume, son encrier et une bougie qui sera allumée et éteinte au gré de l’avancement de la soirée. Une odeur de soufre viendra chatouiller nos narines lors du grattage de l’allumette, renforçant ainsi l’atmosphère d’une époque révolue. Un seul en scène qui aurait très bien pu se passer au XIXe siècle, siècle où vécut Gustave Flaubert, dont des passages de ses « Mémoires d’un fou » parsèmeront le récit de ce jeune malade.Voyage-dun-fou-2-envoi

Lionel Cecilio ce magicien des mots, s’empare de la scène avec une telle présence qu’il nous est impossible de décrocher notre regard du sien jusqu’à la nuit tombée. Un rythme effréné pour nous faire vivre les dernières heures de ce jeune homme dans un récit qui n’est pas du tout macabre mais qui au contraire est rempli de poésie, passant sans frontière, sans complaisance du rire à l’émotion pure. Doté d’une technicité remarquable, quand il chuchote ou quand il s’emporte, aucun mot, aucune parole ne nous échappe. Il est impressionnant de vérité ; sa sincérité de jeu est à la fois émouvante et bienveillante : il est profondément humain.

« Enfant, j’avais mal à l’être, jeune homme mal au cœur, et à présent adulte j’ai mal au corps. »

Toute une galerie de personnages viendra construire ce récit. Des personnages qui ne manqueront pas de nous toucher ou de nous déclencher des rires libérateurs.
Lionel Cecilio, à la plastique et l’aisance d’un félin, sait parfaitement prendre la posture d’un professeur ou d’un médecin plus vrai que nature. On rit bien volontiers de ses pitreries entre deux moments de tension, des moments où la santé du jeune homme se dégrade et le conduit vers l’inexorable.IMG_8600BD
Nous sommes enivrés par les jeux de mots qui auraient certainement plu à Raymond Devos. D’ailleurs il faudrait venir plusieurs fois voir le spectacle pour en apprécier toute leur intensité.
Comment ne pas rire par exemple lors du duo entre Albert Einstein et Dieu où il met en doute sa toute puissance, ou encore lors de la scène de la messe avec la conception de Jésus et le travail des croix de Joseph.
Tout comme également la scène avec la bonne portugaise où la prononciation des lettres sème la confusion : un problème de vocabulaire.
Dans des moments partagés entre le passé, l’enfance, le présent et un futur impossible ; un jeune homme se débat, sa mémoire s’emmêle, s’emballe, qui nous fait part de son ennui, d’une liberté recherchée, mais qui aussi exprime sa colère, sa révolte devant tant d’injustice allant jusqu’à la folie, l’évasion pour finir dans l’abandon. Qu’est-ce que la vie ?

 

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« La société nous enseigne que les larmes ne nourrissent aucun sentiment. Les cimetières sont les seuls jardins arrosés uniquement des larmes des hommes et il n’y pousse que des pierres, du marbre, la plus froide d’entre elles. »

 

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Surtout ne vous arrêtez pas au titre du spectacle, Lionel Cecilio est exceptionnel dans son seul en scène. Une performance qu’il ne faut absolument pas rater.
Il s’est entouré de passionnés qui ont su habilement mettre dans la lumière tout son talent de poète, de comédien : Lucien Pesnot pour la musique, Johanna Boyer-Dilolo pour les lumières et Sylviane Bauer-Motti pour les chorégraphies.

 

Un véritable coup de cœur !

 

« Voyage dans les mémoires d’un fou » au théâtre Essaïon, du jeudi au samedi à 21h15, jusqu’au 15 juin.

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