Don Juan est une femme !

 

« Don Juan est une femme ! » de et mis en scène par Olivier Maille au Café de la gare, est une comédie à tendance burlesque qui cache bien son jeu avec une première répétition qui tourne au vinaigre…

 

afficheOlivier Maille rompu à l’écriture de la comédie sait manier le verbe et s’en donne à cœur joie dans ses répliques épicées sur des sujets dont l’actualité nous rebat les oreilles ; tel un soufflé qui gonfle, gonfle et retombe à la fin sur une note plus conformiste, mis en préparation par des comédiens pleinement investis aux caractères bien trempés.
Son ancienne carrière d’avocat lui confère l’opportunité de glisser dans ses comédies une dimension sociale. Un combat contre les inégalités ou un combat contre la bêtise ; où il est toujours bon de rappeler certaines vérités, n’en déplaise à certains, qui font du bien à entendre.

 

Isabelle, la metteuse en scène, en recherche de positionnement dans sa vie intime ou professionnelle, a décidé de monter Don Juan de Molière mais d’une façon peu conventionnelle en donnant le rôle principal à une femme, d’où le titre. N’oublions pas que dans l’esprit de tout à chacun un Don juan est un homme, qui sans se soucier des retombées, des conséquences, aime séduire : le conflit homme-femme.
Mais Pascal, le beau gosse de la troupe, voit une autre interprétation possible à cette requête, tout simplement en se travestissant. Un comédien, à l’ego envahissant, un peu trop sûr de lui, au machisme éprouvé qui se la joue continuellement « acting » pour cacher un profond mal être.image 1
Clémentine, meilleure amie d’Isabelle, s’est jouée de Pascal et en manque de lumière compte bien donner sa propre interprétation de Don Juan, faisant fi des recommandations d’Isabelle.
Pour corser un peu la situation intervient Jean-Pierre, le producteur de la pièce, celui qui aime faire étalage de sa fortune, celui qui permet aux pauvres de s’exprimer. Etre sur scène lui permet de rompre son isolement que sa fortune ne peut combler.
Pour unifier cette troupe, il fallait un Arlequin, Gabin, celui qui encaisse tout et qui explose au final dans un numéro d’authenticité attendrissant.

Cette première répétition, où tout doit se mettre en place, la distribution des rôles, l’essayage des costumes, l’intention voulue par la metteuse en scène, tourne au fiasco. Chacun fait étalage des ses revendications, des ses états d’âme. L’auteur en profite pour énumérer tout un catalogue, avec des répliques qui font mouche, des revendications des féministes avec à leur tête Clémentine, qui n’hésite pas à forcer le trait pour se faire comprendre. Mais en réalité que cache ce mal être ? Une fragilité ? Pourquoi ces critiques fusent-elles à la vitesse de l’éclair ?
L’égalité homme-femme, la communication, la séduction et la compréhension ou plutôt l’incompréhension du sexe opposé sont les thématiques de cette comédie. Une comédie où il nous est permis de prendre du recul et de poser le pour et le contre des doléances de chacun. La différence entre un homme et une femme doit-elle être réduite ? Acceptée ? Un thème qui n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre, mais dont l’auteur s’en sort avec une très belle tirade pour celui que j’ai nommé Arlequin. Une réplique qui donne un virage déroutant à cette farce à laquelle nous avons assisté dans un moment de rire communicatif.

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Accompagné d’un décor minimaliste réduit aux accessoires, Olivier Maille avec son autre casquette a su tirer toute l’énergie indispensable produite par les comédiens pour donner du sens à sa pièce. Dans une belle cohésion de jeu, son rythme effréné renforce le comique, qu’il soit de situation ou du texte. Chacun de ses personnages a dans sa mise en scène son moment de gloire, apportant une complicité chorale très réussie.

Dans une alternance, ce soir ils se sont prêtés au jeu de ce Don Juan est une femme ! :
Eugénie de Bohent dans le rôle d’Isabelle, la metteuse en scène, est sensible, touchante dans sa recherche du but de sa vie.
Fanny Lucet dans le rôle de Don Juan, une Clémentine au taquet fait étalage de ses revendications, de ses états d’âme féministes, au tempérament explosif et je dois dire qu’on est tenté par moment de lui donner des baffes !
Florian Spitzer, Pascal, est parfait dans son rôle de macho à l’ego démesuré. Perdu dans ses pensées, il en devient sympathique.image 2
Hubert Myon, Jean-Pierre, est la fois repoussant et attachant. Il mène très bien cette dualité pour nous convaincre en finalité qu’il a un cœur.
Günther Vanseveren dans le rôle de Gabin est mon coup de cœur dans cette pièce, même si son rôle est en retrait par rapport à la troupe, c’est justement par sa délicatesse de jeu qu’il m’a séduit jusqu’à son final fracassant.

 

Une comédie qui ne cherche pas à donner des leçons mais à réfléchir sur le couple homme-femme ou femme-homme…pour ne froisser personne.

 

« Don Juan est une femme ! » au Café de la gare, les vendredis et samedis à 21h, prolongation jusqu’en septembre.

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