Madame Zola

 

« Madame Zola » d’Annick Le Goff dans une mise en scène d’Anouche Setbon au théâtre du Petit Montparnasse (décidemment aux théâtres Montparnasse beaucoup de pépites en ce moment) est un voyage hors du temps pour une dame d’exception méconnue.

Annick Le Goff avec finesse, générosité et passion met dans la lumière une femme de l’ombre qui a marqué son époque.
Une femme qui fut le modèle de célèbres peintres impressionnistes comme Auguste Renoir, Edouard Manet (où elle figure à l’arrière-plan du célèbre tableau du « Déjeuner sur l’herbe ») ou encore Paul Cézanne avec qui l’orage gronda…

 

Affiche-Madame-Zola-définitiveMadame Zola ou Gabrielle Meley ou encore Alexandrine Zola, c’est l’histoire d’une jeune femme qui avait tout, comme nous dirions de nos jours, pour mal tourner.
Issue d’un milieu plus que modeste, une enfance très difficile, une mère qui décède très tôt du choléra, elle devient lingère à 14 ans. Cette jeune fille, blessée par le manque d’amour maternel, forgea son caractère au fil du temps pour naviguer entre la fragilité et la force afin de combattre les affres de la vie. Vie dont elle gardera son franc-parler aux fortes couleurs, une héroïne dont Zola aurait pu en faire un sujet de ses romans.

Un Emile Zola qu’elle rencontre dans sa jeunesse, qui sera son unique passion, qu’elle soutiendra avec ferveur dans tous ses combats, comme par exemple celui de l’affaire Dreyfus, mais avec qui elle n’aura pas eu d’enfants.
Le destin a parfois des détours imprévus, précédemment à cette rencontre, avec une grossesse non désirée, elle aura eu la triste nouvelle de perdre sa fille le jour de ses vingt ans, une fille qu’elle aura abandonnée deux semaines auparavant…et le chapitre restera clos.

J.STEY_MG_2194WEBUne évolution de milieu social impressionnante, la fille de la rue formera, tout en conservant ses couleurs, avec son Emile, un couple bourgeois qui recevra l’élite de l’Art parmi lesquelles la littérature, la peinture. Ces réceptions feront l’objet de toutes ses attentions lors de ses repas hebdomadaires, riches en mets délicats dans une profusion totale.

L’histoire commence le jour du transfert du cercueil de son mari Emile Zola au Panthéon.
Madame Zola en revient fatiguée, chamboulée, cette ex fille de la rue se retrouva au côté d’une ribambelle de ministres : que de chemin parcouru.
Elle soliloque, s’adresse directement à son mari dans un dialogue imaginaire et commence à faire une sorte de bilan de vie où la haine côtoie l’amour, une sorte de thérapie bien avant l’heure qu’elle communiera avec son apothicaire, pharmacien devrais-je dire, à qui elle aura commandé un remède pour supprimer une toux qui la persécute…jusqu’où cette présence serait réelle…
J.STEY_MG_2354WEBUne présence dans un premier temps qui devient vite irritable mais qui au fil des rencontres deviendra bienfaisante : un soulagement notoirement bénéfique pour les deux protagonistes. Chacun se confiera à l’autre par petites touches pour trouver le chemin de la raison, le chemin de la vie. Pour l’un cela sera le combat de la mémoire, de l’œuvre dans sa postérité, pour l’autre cela sera les mésaventures du mariage avec ses soubresauts.

La mise en scène délicate d’Anouche Setbon, soulignant juste ce qu’il faut de ce dialogue surprenant, irréel, troublant, sera l’objet de cette « psychanalyse » avant l’heure, une exploration de l’inconscient libératrice…(pour mémoire ce mot est apparu en 1896 et l’action se situe en 1908).
Une mise en scène attentionnée mise en valeur par les costumes de Juliette Chanaud, complétée par les lumières discrètes de Laurent Béal où nos deux artistes évoluent dans le décor d’Oria Puppo.

J.STEY_MG_2374WEBPour réussir une telle entreprise, il fallait deux comédiens d’exception :
Catherine Arditi, au grain de voix particulier, nous envoûte avec son regard qu’il est impossible de détourner. Ses paroles campent toutes les émotions avec élégance, sincérité jusqu’à la larme. Comment rester insensible à la vie de cette femme livrée avec tant d’amour, tant de passion, par une comédienne à la forte personnalité. Elle manie la tendresse et la virulence comme personne.
Pierre Forest que je n’ai pas eu la chance de voir dans Edmond fut une découverte pour moi sur scène. Une psychanalyse avec une telle voix, je dis oui tout de suite.
Il a une présence sur scène incroyable, en opposé à sa stature impériale, son jeu est léger, subtil, afin de pouvoir répondre à toutes les attaques de Madame Zola.

Catherine Arditi ne pouvait rêver mieux pour affronter sa vie de Madame Zola que la bonté incarnée de Pierre Forest.
C’est un pur bonheur de les voir converser ensemble.

Derrière un grand homme se cache une femme et Alexandrine Zola confirme le dicton.
Annick Le Goff dans un bel humour, une belle lumière, lui rend hommage avec un certain panache, sublimé par la présence sur scène de l’admirable Catherine Arditi : de cette nature, de sa vie elle en fait un personnage de roman à la Zola.

Un conseil allez découvrir ce pan de l’histoire méconnu avec toutes ses anecdotes tirées de la biographie d’Evelyne Bloch-Dano : vous en ressortirez comblé.

 

« Madame Zola » au théâtre du Petit Montparnasse, du mardi au samedi à 21h, matinée le dimanche à 17h.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close