Trop de jaune

 

« Trop de jaune » d’Emmanuel Fandre au Studio Hébertot dans une mise en scène d’Orianne Moretti est un éclairage au néon sur un artiste mythique, à la correspondance inachevée.

Une première réussie pour cette création au Studio Hébertot.
Après « Madame Van Gogh », nous voici plongés dans les dernières heures du peintre lui-même entouré de ses proches.

 

afficheUne première sur le plateau du studio avec neuf comédiens sur scène.
Dans la première scène, des comédiens réunis autour d’un billard lancent leurs boules pour laisser vivre leurs humeurs.
Mais aussi avec cette croix lumineuse, éblouissante, dans le lointain, il y a cette image de la dernière cène du Christ avec le repas où ils sont tous réunis une dernière fois, un repas dont Vincent Van Gogh ne ressuscitera pas.Trop de Jaune

Nous sommes à quelques heures de la mort d’un peintre de génie, qui le deviendra bien après sa disparition, et le chœur du Requiem de Mozart nous embrasse dans cette messe solennelle criant la vérité d’un peintre maudit.

Une scène d’une force, d’une intensité palpable qui met les points sur les « i » : l’ouverture vers un autre monde.
Van Gogh nous apparaît nu sur une table d’autopsie, une table porteuse de la confession d’une vie.

Et chacun y va de son commentaire, de son reproche, en commençant par ses parents dont le père pasteur n’approuvera jamais la vie d’artiste de son fils qui s’enferme dans ses pensées. Un père qui ne dépassera jamais avec son esprit borné la vision de la peinture flamande, à cent lieues de celle de son fils.
En cela appuyé par une mère tout aussi négative à son sujet, n’oubliant pas son premier enfant Vincent, mort-né, comme une punition divine.
Une enfance marquée par la spiritualité qui un temps a bien failli le détourner de sa créativité.Trop de Jaune
Puis c’est au tour du médecin, le docteur Gachet, de nous livrer ses bassesses, encadré par deux infirmiers à la légèreté joyeuse donnant une bouffée d’oxygène dans cette atmosphère délétère. Un docteur qui s’est fait tirer le portrait par le maître et qui se voyait déjà en haut de l’affiche.

La mort rode, il ne lui reste plus que quelques heures à vivre et dans l’intensité de l’action, du rêve, il y a de la poésie avec cette scène de bal sublimée par la chanson « The cold song » d’Henry Purcell. Cette scène où le froid coule tout doucement dans les veines du génie, vers la destinée de la folie destructrice d’un homme.
Une mort qui rode aussi avec les prostituées porteuses de joies mais aussi de la fin d’un chapitre où l’érotisme prend sa place.

Sans oublier les confidences de sa logeuse qui allègent avec humour et bienveillance l’ambiance de cette corrida ayant pour but la mise à mort du taureau.

Mais que serait Vincent Van Gogh sans son ami Paul Gauguin. Un ami qui préfère batifoler, prendre le soleil, la lumière, là où ils se trouvent plutôt que de se morfondre sur les problèmes existentialistes.Trop de Jaune

Le fil conducteur de ces dernières heures, qui sont si longues à vouloir concrétiser le destin de Vincent, est tenu par le frère Théo qui brille par son absence et qui tient en vie Vincent, chagriné de son silence.
Un chagrin de plus plus douloureux à porter tant la délivrance se fait attendre dans ce règlement de comptes insupportable.

Trop de JauneOrianne Moretti a mis en scène cette confrontation entre la vie et la mort, entre le rêve et la poésie, entre l’hier et l’aujourd’hui, avec un admirable dosage de références spirituelles et un pragmatisme assumé léchant le burlesque.
Sa vision de cet écorché vif, comme le Christ mort sur la croix, est empreinte d’humanité.
Le choix de ses musiques, où la baroque vient chatouiller l’électronique, met en valeur le texte d’Emmanuel Fandre et lui donne une dimension fantasque.
Un pari réussi dans un travail d’équipe avec Laëtitia Franceschi pour la scénographie et Cynthia Lhopitallier pour les lumières.

Thomas Coumans en tête de distribution dans le rôle de Vincent Van Gogh est le soleil de cette peinture dominée par le jaune. Il irradie la scène par sa présence et capte même les regards dans ses silences. Un regard troublant dans ce huis clos en forme de zoo.Trop de Jaune

Il est entouré brillamment par Laurent Richard dans le rôle du père, par Brigitte Aubry la mère, par Malik Faraoun le docteur Gachet, par Xavier Fabre le Paul Gauguin, par Edouard Michelon et Francisco Gil les deux intrépides infirmiers, par Anne-Lise Maulin la maîtresse Sien et Carole Massana la logeuse.

 

Un portrait de Vincent Van Gogh qui déchaîne les passions et met à nu la vie d’un artiste au génie incontestable.

 

« Trop de jaune » au Studio Hébertot, du mercredi au samedi à 21h et matinée le dimanche à 14h30, jusqu’au 16 février.

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