Dix ans après

 

« Dix ans après » de David Foenkinos au théâtre de Paris, salle Réjane, dans une mise en scène de Nicolas Briançon est une comédie douce amère sur la conjugaison de l’amitié dans le rapport amoureux.

 

afficheDavid Foenkinos aime le danger que représente l’immédiateté du texte joué sur une scène, comparé au roman qui s’assimile à la vitesse de son choix.
Dans un roman vous pouvez revenir en arrière alors que dans une pièce il faut suivre, sans la lâcher, l’intrigue qui se déroule sous vos yeux.
Quoique David Foenkinos aime badiner sur les deux tableaux et se permet de jouer avec le temps pour vous faire entrer dans une troisième dimension libérant ainsi tous les fantasmes.

Un texte qui dans une toute première approche fait penser au trio célèbre de « Trahisons » d’Harold Pinter dont j’avais vu une excellente version au Lucernaire.
Mais l’humour décalé de David Foenkinos prend le dessus sur la dramaturgie pour en extraire toute la saveur d’un plat mitonné avec ses répliques ciselées qui font mouche à chaque fois emportant la salle dans des rires incontrôlés, et c’est cela qui réussit cette entreprise.
D’ailleurs Nicolas Briançon en a compris toute l’importance et dans sa mise en scène a su tirer profit de la subtilité, des nuances du texte tout comme il l’avait fait avec son « Canard à l’orange ».
Dans cette montée dramaturgique aux allures surréalistes, jongler avec les mots est un exercice périlleux : il faut avoir une équipe d’équilibristes au diapason pour réussir le numéro et c’est le cas.

C’est devant une salle pleine que s’ouvre cette comédie où nous voyons un couple se préparer à accueillir, pour dîner, un ami perdu de vue depuis dix ans, enfin surtout la femme puisque le mari tranquillement assis sur un fauteuil se passionne pour ses mots fléchés, l’extrayant ainsi d’une réalité trop brutale.10 ANS APRES ©Celine NIESZAWER 9
Un décor sombre de Jean Haas, peut-être annonciateur d’une tempête qui pointe le bout de son nez par la petite porte, plonge nos yeux dans l’attente des gladiateurs, des temps modernes, qui vont combattre dans l’arène.
Seule la femme, dont on ne mentionne jamais le prénom est habillée de couleurs qui rehaussent l’atmosphère par Michel Dussarrat.
L’homme s’appelle Yves, un romancier cynique sur les bords manipulateur dans son costume trois pièces ajusté, enfin qui fut et souhaiterait le redevenir, car depuis belle lurette, ses pages sont restées blanches, sur le pupitre de son désarroi, au grand désespoir et par la faute de qui…patientons pour le savoir.
Une profession qui appelle au fantasme, comparée à celle de l’invité, attendu de pieds fermes, qui se nomme Pierre. Le pauvre malheureux est tout simplement un assureur, mais affublé de chaussettes blanches ridicules, il est un amoureux fou de la femme.

Deux grands enfants qui dans ce combat vont se disputer leur jouet : une femme qui d’un premier abord, toujours souriante, la joie personnifiée, peut déstabiliser le premier quidam venu : oui mais comment résister à son charme ?

Pourquoi ce trio se réunit-il ? Un simple dîner de retrouvailles, de rupture ?
Ou tout simplement une mise à l’épreuve de l’amitié qui se joue au dessert ?
Enfin la question que tout le monde se pose : qui trahit qui ?

C’est fin, c’est drôle, j’avais apprécié l’adaptation de son roman « Le potentiel érotique de ma femme » au théâtre des Mathurins et de nouveau je suis comblé par son écriture. Cette pièce sort des sentiers battus mêlant une douce fantaisie à une réalité dont l’auteur a eu vent.

Il y a une très belle complicité entre les trois comédiens qui jouent à merveille leurs rôles.
Avec un geste, une attitude, ils savent au détour d’une réplique, d’un bon mot, déclencher le malaise ou le rire.

10 ANS APRES ©Celine NIESZAWER 14Julien Boisselier se fait trop rare au théâtre, j’aime ses envolées lyriques liées à son flegme accompagné, dans ses silences, de son regard pénétrant au sourire ravageur.
Il a une palette de jeux tout en nuances comme celle de Mélanie Page que j’avais vue dernièrement dans « Le jeu de la vérité ».
Dans cette pièce, avec ses yeux de l’amour, elle est le rayon de soleil qui éclaire le duel et se libère de toutes contraintes pour donner vie à son personnage. Elle est beaucoup moins soumise que l’on pourrait le penser.
Quant à Bruno Solo, il joue admirablement le pauvre assureur qui ne fait pas fantasmer mais qui reste attachant. Il est combatif et ne se laisse par démonter par les arguments de l’insolent romancier.

Tous les trois sont collés sur les fils de cette toile d’araignée, ils ne vont pas se ménager pour tirer profit de cette aventure.

David Foenkinos aime décortiquer l’âme humaine.
Cette pièce est une vraie pépite que nous découvrons à l’état brut et qu’il façonne, au fil des répliques, facette par facette pour la faire briller de mille feux.

 

« Dix ans après » au théâtre de Paris, du mardi au samedi à 21h, matinées le samedi à 16h30 et le dimanche à 15h

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close