Interview de Bertrand Skol – Biarritz 301221

Par une belle matinée ensoleillée à la douceur printanière, attablés devant un café au bord de la plage de Biarritz, avec une vue sur l’océan en grande discussion avec ses surfeurs, Bertrand Skol, comédien de son état, m’a fait quelques confidences…

Bertrand en premier lieu quel est votre état d’esprit en ce moment ?

« Je suis serein, mais je vis au jour le jour avec cette pandémie qui m’occupe l’esprit, cette incertitude de l’avenir, mais tout de même avec des projets sur le feu… »

Avant de parler de ces projets, de votre actualité, pourriez-vous en quelques mots nous parler de votre vocation, ce qui vous a amené aujourd’hui à être comédien ?

« De nationalité Belge, tout a commencé lorsque j’avais 09 ans, mon père, photographe, était en charge des photos de la pièce « Fiasco en fleur » de Samuel Beckett qui se jouait dans le théâtre de l’Atelier de l’Echange à La Louvière. Il m’a demandé, sachant que je n’y comprendrais pas grand-chose, si cela m’intéresserait d’assister à une représentation : j’y suis allé avec ma mère, effectivement je n’ai rien compris, mais ce fut La Révélation, j’étais fasciné par ces deux clowns blancs, une image qui me faisait penser aux œufs d’Alice au pays des merveilles. »

Et ce déclic s’est poursuivi comment ?

« A l’âge de 12 ans j’ai eu la chance dans mon collège d’avoir une section d’art et expression, et ainsi jusqu’à mes 18 ans dans le théâtre La Louvière, j’ai pu chaque année jouer devant un public, comme par exemple « Le songe d’une nuit » de William Shakespeare, « le Malade imaginaire » de Molière ou encore « La conférence des oiseaux » de Farid al-Din Attar. Je suis entré ensuite dans le conservatoire de Mons pour une formation de 3 ans. »

De bonnes bases pour la suite…

« Eh oui mais j’ai tout plaqué, je voulais mon indépendance, gagner ma vie, et j’ai suivi une double formation, celle d’architecte d’intérieur et de fleuriste : je suis donc devenu fleuriste et ce fut une belle période de ma vie pendant environ 10 ans. »

Quid du théâtre alors ?

« Cette période enrichissante, mais aussi avec ses travers, a eu raison de ma motivation : je voulais faire du théâtre. J’ai donc tout quitté en Belgique pour venir m’installer en France, à Paris.
Mais il fallait bien vivre, avide des réseaux, j’ai rencontré ma bonne Fée Anne, une fleuriste, eh oui encore…, qui m’a beaucoup aidé et m’a permis en adaptant mes horaires de pouvoir suivre les cours de Michel Galabru, 3 fois par semaine l’après-midi : il fallait juste y croire ! »

Et comment avez-vous ensuite concrétisé votre entrée dans le « théâtre parisien » ?

« Par un ami, j’ai eu la chance de rencontrer Michel Fau qui m’a engagé pour une pièce qu’il montait au festival de Figeac : « Brûlez-là ! » de Christian Siméon, dans le rôle de F. Scott Fitzgerald au côté de Claude Perron ; pièce reprise ensuite au théâtre du Rond-Point. »
En parallèle, depuis 2015 je joue le rôle de Christian dans la pièce « Amants à mi-temps » de Léo Pasani mise en scène par Jérôme Paquatte (voir mon billet à ce sujet).

Avez-vous des critères pour sélectionner les pièces, les rôles, dans lesquelles vous souhaitez jouer ?

« Non pas particulièrement, beaucoup dans les réseaux à la recherche d’une audition, d’un contact, je saisis plutôt l’opportunité, j’ai besoin d’un coup de cœur humain et artistique. »

Quels sont les rôles que vous rêvez de jouer ?

«  Oh, Alceste et Pyrrhus. Pyrrhus que j’avais d’ailleurs travaillé dans les cours Galabru : « je me suis senti en état de grâce » en jouant ce rôle.
J’aime la musicalité des alexandrins, j’aime les personnages fous, les victimes qui deviennent les bourreaux. »

Avez-vous conscience que vous avez une voix particulière, une voix chaude, profonde, très reconnaissable ?

sourire – « Non pas particulièrement, on me l’a souvent dit mais cela ne m’a pas marqué. »

Quelle pièce a ensuite pimenté votre carrière ?

« « La putain respectueuse » de Jean-Paul Sartre. »

Comment avez-vous rejoint ce projet ?

« Ma mère qui connaît Laetitia Lebacq m’a mis en contact avec elle, elle avait passé une annonce pour rechercher un comédien pour le rôle de Fred. Une création qu’elle mettait en scène pour le théâtre de Mennecy en mai 2019. Elle m’avait apprécié dans « Amants à mi-temps » et m’a engagé pour le rôle.
Un personnage sadique, j’aime jouer un personnage détesté par le public : « construire » des monstres en leur donnant une part d’humanité, rechercher le point de bascule, jouer pour le défendre.
Une pièce très bien accueillie par le public que l’on a jouée en mai-juin 2021 « A la folie théâtre » de Paris et qui sera à l’affiche cet été au festival off d’Avignon dans le « Théâtre des Corps Saints » avec la même distribution qu’à la création : il y a bonne cohésion, entente, et Laetitia Lebacq a une mise en scène fédératrice. »

 

Dans votre actualité, j’ai bien compris que vous jouez en même temps « Ado un jour à dos toujours » de Jérôme Paquatte (qui en assure la mise en scène) et de Jean-Marc Magnoni (voir mon billet à ce sujet) et « Amants à mi-temps » dont on a parlé. Ensuite « La putain respectueuse » au festival d’Avignon, mais quel est votre prochain challenge ?

« J’avais envie de me frotter à un seul en scène, une expérience que je n’ai jamais réalisée, un challenge important pour moi. Un jour je me promenais et mon attention a été attirée dans une petite librairie par la nouvelle d’Emile Zola « La mort d’Olivier Bécaille ». Des mots qui résonnaient en moi, à la lecture de cette nouvelle très peu connue, j’ai tout de suite compris que c’était « le texte » qu’il me fallait. J’étais attiré par ce récit que je voyais comme la mort sociale mais pas comme la mort physique : une révélation !

Et comment en êtes-vous amené à créer cette nouvelle ?

« Toujours avec les réseaux sociaux, j’ai posté une annonce sur Facebook pour trouver une personne qui pourrait l’adapter, je ne me sentais pas de le faire, nous étions début 2019.
Jean-Benoît Patricot, avec qui j’avais été en relation par le passé, a tout de suite répondu à mon annonce et à la lecture a immédiatement été enthousiasmé par cette nouvelle. Seulement il était engagé sur d’autres projets, alors il fallait que je lui laisse du temps…
A l’été 2019, je jouais au festival off d’Avignon «  Feu le père de Monsieur » et j’ai reçu un appel de Jean-Benoît Patricot qui enflammé par ce texte a écrit l’adaptation en 4 mois. L’adaptation était née sous le titre de « L’Aquoiboniste ».

Et aujourd’hui où en êtes-vous avec cette adaptation ?

« Dans la première partie du texte Jean-Benoît a été fidèle à la nouvelle de Zola pour ensuite dans la deuxième partie l’adapter librement : la fin est différente, c’est pourquoi je ne peux pas en dire plus au risque de dévoiler la fin. Une adaptation où chacun d’entre nous peut se retrouver…

(Jean-Benoît Patricot est l’auteur entre autres de « Darius », dans une mise en scène de la géniale Anne Bouvier, créée au théâtre des Mathurins avec Clémentine Célarié et le très regretté Pierre Cassignard, et de « Pompiers » dans une mise en scène de Serge Barbuscia, créée à Avignon avec Camille Carraz et le marathonien du théâtre William Mesguich. Sa dernière création est : « Voyage à Zurich » dans une mise en scène de Franck Berthier avec entre autres l’élégante Marie-Christine Barrault.)

Nous avons travaillé non stop pendant une semaine la mise en place du texte dans le « Théâtre Nouvelle France » à Le Chesnay , ce fut un travail exaltant, qui à son terme me rend très confiant pour la suite.
Avec Jean-Benoît, qui assure aussi la mise en scène, je travaille dans un esprit de liberté, je peux proposer, il m’a fait découvrir des facettes de ma personnalité. Nous formons un vrai duo. Le personnage complémentaire à cette aventure est la musique, un support indispensable à l’équilibre de mon interprétation, de l’adaptation, une création musicale d’Olivier Mellano. Sans oublier des voix off qui permettent une interaction avec mon personnage, mais n’en disons pas plus : les voix de Salomé Villiers, Tessa Volkine et Olivier Pajot.
Je vais créer ce seul en scène cet été au festival off d’Avignon dans le « Théâtre Episcène. »

 

Bertrand Skol nous arrivons au terme de cet entretien baigné de soleil, qui fut très agréable, je vous laisse le mot de la fin :

« Alors j’adore la citation de Louis Jouvet, il n’y a : « Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, de plus nécessaire que le théâtre. » »

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