Amants à mi-temps

 

« Amants à mi-temps » de Léo Pasani dans une mise en scène de Jérôme Paquatte au café-théâtre Le petit bijou de Biarritz est une bombe du rire qui emporte le public dans un délire salvateur.

 

En ces temps d’incertitudes, quoi de plus régénérant que de rire, mais de rire à gorge déployée, sans retenue, un rire franc et massif qui vaut toutes les potions du monde.

A la lecture du résumé j’ai tout de suite pensé à la pièce « Une clé pour deux » de John Chapman et Dave Freeman, adaptée par le talentueux Pol Quentin à qui on doit la géniale adaptation d’Amadeus.

Une femme qui mène sa vie en main de maître partage sa semaine entre ses deux amants. Mais dans cette version, l’auteur Léo Pasani actualise la conjoncture avec deux amants aux antipodes, l’un qui n’a pas la lumière à tous les étages et l’autre très intellectuel qui est trop penché sur ses citations pour se sortir des mauvaises situations.
Et forcément le piment de cette farce, de cette comédie menée tambour battant, ne laissant pas respirer le spectateur, est « d’organiser » la rencontre de ces deux amants au dépend de la maîtresse…mais comme dans « Le rat et l’huître » tel est pris qui croyait prendre…une morale à la manière de La Fontaine.

Sur une musique jazzy très entraînante, tout commence dans le meilleur des mondes pour Vincent, qui apparaît dans une tenue qui suscite l’admiration de la gent féminine, un peu limité dans son vocabulaire et sa conception de la vie, entrepreneur à Rungis dans les fruits et légumes. Il a la banane, il vient de faire son affaire avec Patricia, une lionne sauvage pas farouche pour un sou. Même si sa femme, qu’il considère un peu trop plan plan, l’appelle pour savoir quand il pense rentrer au bercail, une conversation aux accents grivois qui vaut son pesant d’or, dans un élan de bestialité assumé il ne se laisse pas démonter et en redemande…seulement voilà il ne le sait pas mais il faut laisser la place au suivant.
Et quel suivant, il faut changer toute la décoration, son apparence pour accueillir le deuxième amant Christian, le romantique la rose à la main, à l’opposé intellectuellement, puisque professeur de philosophie, un amant amoureux de son chien Cookie qui recherche quant à lui la tranquillité, sa femme étant une boule d’énergie qui l’épuise littéralement.

Patricia danse à merveille ces pas de deux dans ce ballet très bien huilé qui lui permet de tirer profit, bénéfice, de ces petites entrevues…mais l’inévitable grain de sable vient enrayer les rouages de cette organisation à faire envier plus d’une femme : ils se rencontrent, et quelle rencontre…explosive pour notre plus grand bonheur.

Nos deux comparses « Tic et Tac » comme Patricia aime les appeler, fomentent un plan de vengeance qui forcement va se retourner contre eux. Et c’est avec délice que Léo Pasani nous inonde dans un texte jubilatoire de répliques, dans des sillons parfois crus, qui font mouche à tous les coups. Des mots d’auteur irrésistibles, qui dans la bouche de ces trois comédiens survitaminés, indispensables pour jouer une telle comédie, résonnent encore dans nos oreilles après la fin de la pièce accompagnés de leurs rires rédempteurs.

Une comédie qui doit son succès à son auteur mais aussi à la mise en scène diabolique de Jérôme Paquatte et à leurs trois comédiens qui ne ménagent pas leurs jeux, leurs effets, pour nous faire passer une soirée des plus folles.

Antoine Bernard dans le rôle de Vincent a su tirer profit de la veine comique du personnage, en mettant en valeur les incongruités du texte,  des situations avec ses mimiques irrésistibles. Il est à l’aise comme un poisson dans l’eau au milieu de ce naufrage qui annonce une tempête de rires.
Son concurrent Christian, interprété, dans la nuance parfaite pour un tel personnage à l’accent snob, par Bertrand Skol, nous emporte dans une poésie tout à fait décalée dans la maîtrise de la situation. Il ne faut pas lui conter fleurette lui qui a à son actif plus de six cents représentations de cette comédie. J’avais beaucoup apprécié son jeu dans « Feu le père de Monsieur » (cliquez) déjà un pastiche à la Feydeau.
Marine Griset, en maîtresse de maison accomplie, joue sa partition à la perfection. Ses notes virevoltent dans cette symphonie des cocus, elle mène par le bout du nez ces deux amants qui essayent de lui rendre raison. Mais elle a plus d’un tour dans son sac pour se sortir de ces situations scabreuses avec un air mutin des plus adorables.

Ils ont tous les trois une énergie complètement délirante à décorner les cocus, un jeu soudé, que nous en avons mal au ventre d’avoir tant ri.

Et comme disait Raymond Devos : « Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter » : Léo Pasani à tout compris !

 

« Amants à mi-temps » au café-théâtre Le petit bijou de Biarritz, jusqu’au 31 décembre à 20h, séance supplémentaire le 31 décembre à 22h suivie de surprises…

Prochaines dates : du 6 au 9 janvier à Montauban, du 13 au 16 janvier à Metz, le 5 février à Pau, du 10 au 12 février à Angoulême, du 25 au 27 février à Perpignan…
et toujours au Théâtre Edgard à Paris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close