Elephant man

 

« Elephant man », un texte et une mise en scène d’Antoine Chalard, de la Compagnie du Midi, à la salle du Colisée de Biarritz est une ode à la tolérance de la différence.

 

Un projet de longue haleine qui remonte à l’enfance quand Antoine Chalard a vu adolescent le film de David Lynch. Un film qui l’a marqué profondément, dont le personnage a servi de base de jeu à la fratrie, c’est tout dire.

Aujourd’hui, il nous présente, tirée d’une histoire vraie, une version humaniste de cet « homme éléphant » nommé John Merrick, Joseph de son vrai prénom, loin de toutes les humiliations et souffrances qu’il a subies.
C’est dans une atmosphère mystérieuse que débute le récit de sa vie avec la montreuse de foire Madame Kytes, à Londres en 1884. « L’air du froid » d’Henry Purcell accentue son discours de présentation, la gravité de la situation, celle d’un homme exhibé comme un monstre aux yeux du monde dans des conditions inhumaines.
Une montreuse colérique qui n’hésite pas à le frapper pour son bien afin que le public en ait pour son argent, un public de plus en plus nombreux à la curiosité malsaine : à se demander qui est réellement le monstre ?
Le parti pris du metteur en scène est de faire jouer des rôles d’hommes (dans l’histoire originelle) par une femme, car pense-t-il une femme peut-être aussi cruelle qu’un homme…
Une cruauté que Mme Kyles, à la jalousie maladive, exerce auprès de John Merrick tout en le couvant, en étant son ange. Une ambivalence, une composition que Clémentine Yelnik joue à la perfection.

Des difformités qui attirent l’œil du très réputé chirurgien Frédérick Treves, joué tout en sagesse, en empathie par Antoine Chalard, également éminent professeur à l’université de médecine. Un cas d’étude méconnu par la science qui nécessite qu’on s’y intéresse.
Moyennant finance, il soustrait John Merrick aux griffes de son bourreau afin de pouvoir l’examiner.
Une rencontre sans voyeurisme qui va, dans un cheminement d’apaisement, de bienveillance, changer radicalement la perception que chacun pouvait avoir de l’autre. Que ce soit avec la chef infirmière Madame Motherhead, le docteur Treves ou encore le directeur Gomm de l’hôpital, la lumière qui se dégage dans le regard de cet homme aux difformités repoussantes efface toutes velléités à son égard. Les certitudes de part et d’autre vont voler en éclat. Ne dit-il pas « J’ai une grosse tête remplie de rêves ».

Le masque réalisé par Galina Molotov nous fait oublier au fil des scènes toute la laideur extérieure que peut inspirer cet homme éléphant. Nous sommes émus, touchés, sous le charme de cet être interprété tout en finesse, en retenue, en sensibilité par Florent Malburet : Il réussit le tour de force de nous faire oublier le masque, la différence.

Un homme à la beauté intérieure qui va reprendre confiance en lui, qui va parler, lire, s’intéresser à l’art. Sa rencontre avec la princesse Alexandra va bousculer sa vie de tous les jours. Il va découvrir avec la comédienne de renom Madge Kendal, qui s’est prise d’amitié pour lui, le théâtre. Un émerveillement qui le laissera partir en paix, lui qui compte tenu de son métabolisme ne pouvait pas dormir allongé, il décida de transgresser la règle…

« Si je pouvais voler d’un pôle à l’autre, ou franchir l’océan d’un seul coup d’aile, on me jugerait à mon âme seule, car c’est à son âme qu’on juge un homme ».

Les musiques de Satie et de Bach donnent de la légèreté à la mise en scène très sobre et à la tendresse non dissimulée d’Antoine Chalard, qui jouant avec les lumières de Judex Boyer & Fabrice Legros colorent l’univers en noir et blanc de ce spectacle habillé dans le même esprit par Marie Vernhes.

Un texte qui nous interpelle servi par un trio d’acteurs remarquables dans leurs jeux, leurs émotions, leurs présences. Une interprétation sans faille, réjouissante, qui donne de l’espoir en l’Homme.

 

« Elephant man » à la salle du Colisée de Biarritz, le 19 mars à Mérignies (59) salle municipale, le 01 avril à Vizille (38) salle Le jeu de paume.

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