Parloir

 

« Parloir » de et mis en scène par Delphine Hecquet au Théâtre Michel Portal de Bayonne – Scène nationale du Sud-Aquitain est un récit où la puissance des mots, de la parole, est au service d’une cause, celle de la violence conjugale.

Victime – criminelle, criminelle – victime, qui est responsable ? Est-ce la mère ou la fille ?

Dans ce chassé-croisé, deux femmes, deux versions s’entrechoquent, se bousculent, se répondent pour faire éclater leur vision, leur vérité sur un drame qui les lie à jamais.

Depuis les murs de sa cellule située au deuxième étage, où la lumière est plus belle et où elle peut voir des ouvriers travailler sans savoir si eux-mêmes peuvent la voir, Elisabeth est en prison depuis quatre ans pour purger une peine de dix ans suite au meurtre de son mari. Sa fille Constance lui rend régulièrement visite au parloir pour entretenir la relation avec sa mère. Dans ce énième parloir, la puissance des mots et de l’écoute doivent trouver la résonance dans ce qu’il y a de plus pur pour comprendre ce geste qui bouleverse leurs vies. Sa fille Constance a besoin de réponses.

Une vison qui donne de la lumière de part et d’autre dans cette rencontre. Une femme qui a subi les violences conjugales de son mari pendant beaucoup d’années et qui le jour de trop l’a poignardé pour mettre fin à ses souffrances. Une adolescente qui a subi également cette violence, impuissante, qui a vu sans avoir vu et qui se sent coupable : qui est la victime, qui est le bourreau ?

Des mots qui blessent, des gestes qui meurtrissent. Comment accepter des coups parce que l’on rentre en retard, que l’on fait cuire du chou qui dégage une odeur ? Comment accepter que le médecin de famille vous dise que ces disputes sont comme le lait qui bout, il redescend aussi vite qu’il a monté ?  Bien sûr il ne faut pas se faire justice soi-même, bien sûr on peut se demander pourquoi cette femme n’a pas quitté le domicile conjugal avec sa fille avant le passage à l’acte : pour aller où ? et comment ?
Ce parloir est un exutoire qui permet à chacune de se reconstruire, certes de mettre des mots sur un acte irréversible mais surtout d’apporter une réponse à Constance, pour qui la vie, le parcours d’une femme naissante, à 19 ans, est bloqué par cette blessure. Elle qui n’a pas pu stopper la trajectoire de cette main meurtrière.

Constance dans une thérapie révélatrice d’un mal être pose beaucoup de questions à sa mère qui ne comprend pas cet engouement. Elle est consciente qu’elle ne pouvait pas se faire justice elle-même, elle purge sa peine pour dépasser son statut de victime, point. D’ailleurs lors du procès sa fille lui reproche de ne pas avoir plaidé la légitime défense au vu de tout ce qu’elle lui révèle.
Mais c’est surtout dans ce parloir, au mur gigantesque d’une froideur glaçante aux lumières blafardes où les bruits de la vie de cette prison sont omniprésents accompagnés de la musique de Matthieu Bloch, un dialogue d’amour, où le pardon tient une place importante dans la reconstruction du lien mère-fille.

Dans une mise en scène où le dispositif scénique de Tim Northan permet habilement une vision permanente de nos deux héroïnes, Delphine Hecquet a su donner un équilibre dans le jeu remarquable de Marie Bunel (toute aussi émouvante l’été dernier à Avignon dans « La dernière lettre » de Violaine Arsac (cliquez) ) et de Mathilde Viseux. Avec une justesse des mots, des sentiments, dans des silences assumés, elles donnent corps dans une douceur bienveillante à la violence de l’acte.
Le jeu bouleversant des deux comédiennes est impressionnant d’authenticité, de sincérité. Nous sommes en empathie avec leur histoire, sans lâcher une seconde notre attention dans le cheminement de leur dialogue dans ce parloir.

Une pièce qui vous prend aux tripes servie par deux comédiennes d’exception, deux générations à la sensibilité qui se conjugue dans une écoute généreuse.

 

« Parloir » au Théâtre Michel Portal de Bayonne, création nationale les 01 et 02 février à 20h, le 08 mars à Mont-de-Marsan au théâtre de Gascogne, les 10 et 11 mars au Méta-CDN de Poitiers, du 15 au 18 mars à la Comédie-CDN de Reims, le 29 mars à l’Espaces pluriels de Pau.

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