La dernière lettre

 

« La dernière lettre » : de l’émotion à l’état pur, écrite et mise en scène par Violaine Arsac au théâtre Actuel, nous plonge dans un moment poignant dont on ne ressort pas indemne.

Après avoir été conquis par « Les passagers de l’aube » de Violaine Arsac au théâtre 13 (cliquez) , où elle conjuguait avec finesse le rationnel et le spirituel, comment ne pas profiter de mon passage à Avignon pour venir assister à sa nouvelle création.

 

En point de départ un fait divers sordide qui positionne en face à face une femme meurtrie dans sa chair avec la mort de son mari pris dans une rixe et une femme qui tente par tous les moyens, mis à sa disposition par une association, de mettre en contact l’agresseur et la famille de la victime.

Rien de plus banal me direz-vous…quoique…et surtout à quoi cela sert-il ?
Pourquoi remuer davantage le couteau dans la plaie ?
Pourquoi aller perturber une famille dans le désarroi qui tente de faire son deuil ?

Beaucoup de symboliques dans cette aventure, en commençant par camper le décor de Caroline Mexme avec une variation des lumières de Rémi Saintot, le complice de Violaine Arsac et de la musique de l’incontournable Romain Trouillet qui sait comme pas un créer une atmosphère au service du texte.
Les murs dans leur globalité suivant les éclairages glissés sur les barreaux froids en acier d’une cellule symbolisent tour à tour les différents espaces de l’intrigue, comme le cabinet d’avocat, le bureau de la femme qui est journaliste et cette prison au centre de cette histoire.
Seule une touche de couleur viendra relever cette ambiance pesante avec la tenue mondialement connue des prisonniers américains : cet « uniforme »  orange.

Mais revenons à notre intrigue : la dernière lettre…

 

Marie Bunel bouleversante au plus haut point dans son rôle de bénévole est chargée de remettre une lettre à la femme de la victime jouée tout en profondeur par Noémie de Lattre. Une lettre écrite par le condamné qui erre dans les couloirs de la mort et qui sera uniquement présent par sa voix, celle de Benjamin Penamaria, dans le cadre de ce que l’on appelle la justice restaurative.

 

 

Pourquoi écrire cette lettre ? Pour soulager sa conscience ? Pour espérer un repentir ? Un pardon ? Et surtout pourquoi pour cette femme, cette mère qui a bien du mal à vivre, à partager son deuil, à protéger sa fille de 8 ans, d’accepter de la lire ?

Chaque partie devrait-elle trouver la paix ? Telle est la clef de cette histoire.

Et pour corser un peu ces moments d’une intensité dramatique viendra se joindre le frère de la victime, Alex Larcher, joué cape à cape par Grégory Corre, un avocat aux dents longues qui ne rêve que de sa carrière : un dossier de plus ? Une possibilité de briller ?
Et dans ce jeu de quilles le trublion joué tout en finesse par Mathilde Moulinat viendra bousculer l’ordre établi par la bien pensante morale.

 

 

Comme vous pouvez le devinez, le supputer, le débat sur la peine de mort est au cœur de ce fait divers, opposé au pardon qui serait libérateur.
Un débat qui m’a touché, qui par son contenu m’a particulièrement ému, me provocant les larmes, un débat vécu à plusieurs reprises lors de mes visites à ma famille du Texas.
Car pour compliquer un peu cette intrigue, la victime, le mari, a été tué par balles lors son passage professionnel à Houston. Une famille expatriée depuis quatre années sur la côte est des Etats-Unis. Un Texas qui ne fait pas dans la dentelle.

 

 

Un frère qui veut la peine de mort, une fille qui malgré son très jeune âge ne comprend pas cette loi du talion, une mère, une épouse, Anna Larcher, qui a bien du mal à mettre de l’ordre dans ses pensées, ses réflexions, car au fond est-ce que cette condamnation avec en point d’orgue une exécution apaiserait les consciences, sa conscience.
Permettrait-elle de regarder la douleur en face, d’aller de l’avant, de clore un chapitre et de repartir le cœur vaillant, de tout simplement vivre ?

Mais au fait le meurtrier est-il vraiment coupable ? Le doute serait-il possible sur sa condamnation ? Il y tant de condamnés dans les couloirs de la mort de ces prisons américaines qui en réalité ne sont pas coupables (à ce sujet je vous conseille le livre de John Grisham que je viens de terminer : « Les oubliés »).

 

Tout un travail, un puzzle, qu’avec acharnement le jeune trublion Grace Morgan, avocate de son état, mais qui préfère rester dans l’ombre des bureaux en ne plaidant pas, construira pièce par pièce.
Et notre bénévole Clémence Robin naviguera de lettres en lettres, porteuses d’espoir, dans cette famille déchirée par une prise de décision sans retour possible.

Pardonner ou ne pas pardonner : telle est la question dans cette histoire tragique, admirablement mise en scène par Violaine Arsac, toute en retenue, toute en justesse, dont encore une fois on ne sort par indemne, sauf si l’on vit accroché à ses certitudes…

 

« La dernière lettre » au théâtre actuel, jusqu’au 31 juillet à 16h35.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close