7 Décembre 2024
« L’argent de la vieille » dans une traduction et adaptation de Sylvie Chauvet, des dialogues de Jean Franco & Guillaume Mélanie, du scénario de Rodolfo Sonego, dans une mise en scène de Raymond Acquaviva, sur la scène du théâtre La gare du midi, un évènement Entractes Organisations, est une vision acide des rapports humains, sociaux, sous le prisme de l’argent.
Des parties de cartes endiablées qui firent les beaux jours du film, du même titre en 1972, réalisé par Luigi Comencini, suivi en France par l’adaptation théâtrale en 1981 de Robert Thomas sous le titre Princesse Baraka, mise en scène par Jean-Luc Moreau, avec dans le rôle titre Alice Sapritch, épaulée par Raymond Pellegrin et Marion Game.
Ce soir c’est Amanda Lear, la comtesse, qui foule les planches, telle une tigresse comme Meryl Streep dans Le diable s’habille en Prada. Une manipulatrice invétérée qui méprise les sans-dents : elle est indéniablement horrible, infecte, méchante, vicieuse, roublarde, cynique, pour prendre dans ses griffes, tel un chat qui joue avec une souris avant de la croquer, un couple de pauvres bougres qui n’aspire qu’à une chose, la plumer lors d’une partie de cartes : une revanche qui tarde à se concrétiser.
Amanda Lear, la diabolique vieille milliardaire, d’un veuvage lucratif, dont la fortune colossale l’ennuie profondément, pensez donc elle gagne oisivement deux millions par jour, se délecte chaque année, après son voyage autour du monde en suivant le printemps, à jouer à la belote avec Pierrette et Maurice, avec des mises de plus en plus importantes, pour se prouver qu’elle est riche et que cela est mérité !
Les pauvres, d’année en année, ont bien du mal à suivre, mais la soif de l’argent les conduit à l’inéluctable : serait-ce la partie de trop ?
Une satire sociale sous l’emprise du rire qui fait allègrement tout passer. Alimentée de dialogues très actuels, où des personnalités très connues en prennent pour leur grade, notamment sur la situation économique que nous traversons, cette satire donne la part belle à la soubrette au pied bot qui aspire à abattre le capitalisme. Alors entre Georges un majordome un peu trop dévoué, on se demande bien pourquoi, un couple de classe sociale très modeste uni par l’Amour qui rêve de la belle vie, et la soubrette révolutionnaire qui n'est autre que la fille du couple modeste, le loup est dans la bergerie, prénommée difficilement Anastasia, c’est une explosion de situations cocasses où le rire se conjugue avec la tendresse dans une émotion sous-jacente à laquelle nous assistons.
La mise en scène de Raymond Acquaviva au rythme entre autres de Money de Pink Floyd, Money, Money, Money du groupe ABBA, donne le ton ! Un balai bien orchestré où tel est pris qui croyait prendre, dans le beau décor de Nicolas Delas éclairé par Denis Koranski, les protagonistes évoluent comme des poissons dans l’eau habillés par David Belugou. Les bons mots fusent, divinement acides, tels des éclairs qui jaillissent pour mieux électriser le public qui se demande bien où la milliardaire va encore planter ses griffes sur les membres de sa cour, elle qui ne supporte pas l’échec : un mot à bannir de son vocabulaire, de sa vie, mais dont la solitude pourrait bien lui être fatale.
L’argent de la vieille, vous l’aurez compris est au centre du débat, de la
partie, qui ne finit pas de nous surprendre, notamment avec son envolée lyrique très réussie de Pierrette lors d’une partie à l’issue incertaine…deux mondes qui s’affrontent inégalement…
Amanda Lear inénarrable de peps dans le rôle de la comtesse, Olivier Pagès le majordome dévoué corps et âme, Atmen Kelif et Marie Parouty le couple déjanté éperdument amoureux…de l’argent…mais que et Jeanne Perrin la soubrette révolutionnaire, forment une troupe bien soudée au service d’un délire…monnayable…
« L’argent de la vieille » sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz, un évènement Entractes Productions, une Jean-Marc Dumontet production. vue le 061224, prochaines représentations le 08 décembre à Vichy et le 15 décembre à Enghien-les-Bains.