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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

La corde

« La  corde » d’après la pièce « Rope » de Patrick Hamilton dans une adaptation de Lilou Fogli & Julien Lambroschini et une mise en scène de Guy-Pierre Couleau sur la scène du Studio Marigny, est un huis clos de sobriété glaçante, maîtrisé en tout point.

 

Rope rendue célèbre par Alfred Hitchcock en 1948, avec ses plans-séquences, trouve ici sur la scène du Studio Marigny, avec cette remarquable adaptation, toute sa vitalité dans ses silences et ses non-dits. Une histoire inspirée du meurtre commis en 1924 par Nathan Leopold et Richard Loeb.

Aujourd’hui, l’action de ce huis clos à la tension palpable se situe dans les années 50, dans l’appartement bourgeois localisé sur l’Ile Saint-Louis de Louis de Roimorel, un jeune homme arrogant et manipulateur. Il vit avec Gabriel Granillo à la fragilité périlleuse. Un couple d’intellectuels qui se croit au-dessus de leurs semblables, à la supériorité maladive dans une perversité effroyable.
Une idée folle leur traverse l’esprit, surtout celui de Louis : commettre un meurtre « parfait ».
Sur une pulsion dévastatrice, sans mobile apparent, c’est feu leur camarade de classe Antoine Buisson, à l’opposé de leurs ambitions professionnelles, qui en fera les frais. Une fois l’acte commis il est caché dans un coffre, pièce maîtresse du salon, aux vues de tous.

Un salon rempli de cartons liés avec des cordes…pour pimenter leur acte et juste avant leur départ pour Genève où Louis sera un banquier d’affaires et Gabriel un attaché d’ambassade, ils convient pour un pot d’adieu leur professeur de philosophie Emile Cadell, Antoine et sa fiancée Marie Arden, Lucie Boujenah. Seront également de la fête le voisin du dessus Francis Bonneton, Martin Karmann et la mère de Louis, Yvonne de Roimorel, Myriam Boyer, délicieuse en mère bourgeoise. Un repas sous forme de buffet qui sera servi, comble de l’immoralité, sur le coffre lui-même.

Dans un décor épuré aux couleurs marbrées de Delphine Brouard, où de l’ombre à la lumière, de Laurent Scheegans, commence alors sous des propos badins, un jeu du chat et de la souris. Seul le miroir démesuré à la hauteur de l’intelligence de Louis est le témoin du début à la fin de cette comédie morbide. Miroir qui est le plus intelligent, le plus beau, le plus fort !?

Guy-Pierre Couleau, assisté d’Anne Poirier-Busson, manie le suspens habilement dans une tension psychologique des personnages prenante. Avec sobriété, l’obsession intellectuelle est bien mise en valeur tant par les jeux d’Audran Cattin, Louis et Thomas Ribière, Gabriel que par les répliques à la férocité marquée s’enfilant dans un velours à la douceur cruelle. Le contrôle de la manipulation, dans un dosage équilibré, est tout aussi ressenti dans l’exécution de l’acte irrémédiable commis par Louis et Gabriel. Une tension qui est aussi mise en valeur par les non-dits et les silences provoqués par l’esprit de manipulation de Louis, à la liberté qui frise avec la malveillance sur une musique de David Parienti.

Un confinement de l’action qui dans un humour noir, comique à ses heures, aux blagounettes rafraîchissantes, avec ses nombreux mystères parvient à nous tenir en haleine jusqu’à la scène finale, scène qui fera appel à votre imagination. Le cynisme et la morale n’auront pas de place dans ce huis clos effrayant, captivant digne d’une comédie policière finement menée.

Le diable dit-on se cache dans les détails, alors soyez vigilants, vous devriez comprendre comment Grégori Derangère, le professeur Cadell commence à avoir des doutes sur le déroulement de la soirée…Le quoi qu’il en coûte a ses limites…un éclair suivi d’un orage devrait donner à réfléchir. La vie est faite de choix !

Une adaptation de Lilou Fogli et Julien Lambroschini qui met bien en évidence la dualité entre la morale et le pouvoir tout en y associant un humour libérateur des tensions psychologiques.
Une pièce machiavélique servie par une troupe de comédiens chevronnés qui rendent parfaitement l’atmosphère étouffante, où la froideur côtoie la suffisance des personnages dans une complicité déroutante, tout en étant associé à une autorité intellectuelle parsemée de sagesse…le calme après la tempête…

Cette adaptation est une très belle réussite, son élixir se reflète dans le miroir de notre époque : à voir absolument !

« La corde » sur la scène du Studio Marigny, du mercredi au samedi à 21h, matinée le dimanche à 15h.
Vue le 071225

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