9 Décembre 2025
« Une équipe formidable » de et mise en scène par Ivan Calbérac sur la scène du théâtre Le Splendid est une douce satire d’un milieu dans lequel l’auteur connait bien ses rouages…
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Accueillis par la musique de la 20th Century Fox, nous pensons assister à l’avant première du film « L’homme de mes rêves » où sur scène le réalisateur et la vedette, la star se présentent. Mais sous d’aimables chamailleries, aux piques bien aiguisées, qui laissent entrevoir une crise d’individualités en mal de reconnaissance, nous sommes transposés dans le passé, un an plus tôt, dans les coulisses du film, plus exactement dans la cantine de la production, lieu de tous les conflits libérateurs de tensions exacerbées par des égos quelque peu surdimensionnés des protagonistes.
Un huis clos ou chacun ira de sa réplique laissant l’expression de la parole devenir le moteur du rire dans un terrain comique alimenté par une profusion de quiproquos en rebondissements.
Une joyeuse palette de personnalités bien dessinées, à la fragilité sous-jacente, qui par bien des côtés nous laisse nous attendrir sur des natures explosives. Cette cantine est un lieu de rencontre où tout est permis, un lieu d’épanchements, un lieu de concentration de l’action qui prodigue un rythme soutenu. Un lieu où ils doivent relever le défi de terminer le film qui les nourrit intellectuellement et financièrement dans une fraternité qui les fait exister.
Dans un contraste bien étudié et une affectueuse caricature du milieu du cinéma, évoluent devant nos yeux, à travers le prisme d’un miroir sans tain, une brochette de joyeux drilles, imparfaits mais tellement attachants. Maxence, Thomas Sagols, en réalisateur stressé à la basket couineuse contrariante qui donne l’impression d’écraser à chaque pas un poussin, Alice, Sophie de Fürst, la star capricieuse mais pas que…à la ténacité de réussir sans égal, Marie-Pierre, Ludivine de Chastenet, en directrice de production fauchée reconvertie à ses heures perdues en kinésithérapeute clownesque, JB, Sébastien Pierre, en assistant ambitieux qui se voit déjà à la place du réalisateur avec son court métrage de trois pages, Natacha, Maud Baecker, en maquilleuse fleur bleue désenchantée mais pas désespérée et Hubert, Benoît Tachoires, en maître queue qui n’a plus que le nom pour faire illusion depuis qu’il a perdu le goût et l’odorat suite au Covid…son plat signature : sa cantine est devenue infréquentable. Alors qu’un bon petit plat peut mettre tout le monde d’accord, ressouder une équipe qui se veut formidable.
Une choralité solidaire dans l’adversité qui triomphera des épreuves d’un tournage désopilant.
Tout le monde doit faire corps pour tourner la fameuse scène 53 dans laquelle la vedette doit apparaître nue, mais voilà vous vous en doutez, tout ne va pas se passer comme prévu. Les rebondissements, les quiproquos vont s’enchaîner dans un rythme qui va crescendo, laissant libre cours à la mise en scène, fluide, espiègle d’Ivan Calbérac assisté d’Astrid Ortmans. Après sa Dégustation et son Glenn, il nous surprend dans ce registre dans lequel on ne l’attendait pas. Un comique qui emporte le public dans des rires bénéfiques avec ses répliques à la fois tendres et corrosives, qui fusent, pourvoyant des gags dans une atmosphère légère aux éclats fugitifs révélant les failles humaines : les blessures de la vie, les complexes, le manque de confiance en soi, la vulnérabilité, autant de point abordés finement sous le prisme du rire.
Ivan Calbérac manie habilement l’humour, le sens du rythme et l’émotion d’un miroir social bien dessiné, le tout habillé par la scénographie de Juliette Azzopardi & Jean-Benoît Thibaud et les costumes de Clothilde Fortin, éclairés par les lumières de Thomas Rouxel.
Un moment de divertissement, de bonne humeur, qui vous fera passer une excellente soirée, où l’optimisme vaincra.
« Une équipe formidable » sur la scène du théâtre Le Splendid, du mercredi au samedi à 21h, matinées le samedi à 16h30 et le dimanche à 15h.
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