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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

On ne badine pas avec l'amour

« On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de Musset dans une mise en scène d’Emilie Lacoste sur la scène du théâtre Michel Portal à Bayonne, une programmation de la Scène nationale du Sud-Aquitain est une renaissance de l’amour qui se confond dans la mort.

 

Ah l’amour, une belle et triste histoire sentimentale entre Alfred de Musset et George Sand, qui dans son chagrin s’étiola à Venise, citée par excellence à cent lieux d’une rupture.
Il s’ensuivra une correspondance entre ces deux amants…amicale…dans laquelle il lui fait part d’écrire leur histoire…un roman…une pièce…

Une pièce écrite dans sa jeunesse, à 24 ans en 1834, en plein dans la période romantique tout en étant une comédie en trois actes…un mélange déroutant tout comme la mise en scène intime d’Emilie Lacoste qui met un coup de pied dans la fourmilière, en donnant un souffle rajeunissant à cette aventure entre Camille et Perdican, ébranlée par Rosette.

D’ailleurs afin de se concentrer sur l’essentiel Emilie Lacoste a choisi de cadrer l’action sur ces trois comédiens, ceci afin d’en extraire la sève de ces conflits ravageurs de l’âme.
Un dépouillement total de la scène où des panneaux mobiles,
de Théo Jouffroy décorés des vitraux conçus par Anouk Maugein et réalisés par Thibault Béchecat, se déplacent au fur et à mesure soulignant ainsi les scènes et les actes, vitraux mis en valeur par les jeux de lumières de Diane Guérin. Des vitraux témoins des scènes, certes muets, quoique...mais un personnage à part entière.

Dix années séparent la rencontre de Camille et Perdican au château du Baron où ils ont grandi, joué et se sont aimés. A 18 ans, elle sort du couvent et lui à 21 ans, son cousin, est tout juste diplômé d’un doctorat. Le Baron projette de les marier mais la vie leur réserve un autre destin.
Camille, dans une naïveté à toute épreuve, par pur orgueil cache ses sentiments à Perdican et décide de retourner au couvent. Par condescendance, touché dans son amour-propre il décide de séduire Rosette, sœur de lait de Camille, afin de la rendre jalouse. Peine perdue c’est Rosette qui en fera les frais. S’aimer à haute voix est si difficile à exprimer, qu’il en est important de le faire connaître au bon moment : la parole peut tuer.

La tirade dans l’acte deux de Perdican résume à elle seule la pièce : « Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées. »

Emilie Lacoste faisant fi des dentelles, tout en conservant une certaine poésie, exprime dans sa mise en scène toute la fougue de sa jeunesse. Son découpage pour trois personnages évite les longueurs pour se concentrer sur l’essentiel des conflits et des enjeux moraux. Où se place l’innocence, le péché ou encore la pureté pour des jeunes gens perdus dans leur amour qui ne sait pas éclater au grand jour ?
Un amour qui fuit la vérité dans la lumière et l’obscurité de la présence des vitraux qui auraient tant à dire…manipulation…arrogance…cynisme…peur de l’engagement…voire la cruauté des personnages…

Une mise en scène contemporaine pour une pièce classique qui dans un souffle enrichit un texte qui dans cette lecture prend toute sa place dans notre siècle.

Juliette Bialek dans le rôle de Camille rayonne sur scène, elle incarne admirablement l’innocence protégée du personnage, tout en étant cruelle. Elle est le soleil qui se brûle les ailes : son passage au couvent en est responsable.
Felipe Fonseca Nobre dans le rôle de Perdican est un manipulateur né, il joue sur le fil du rasoir la caricature morale qui lie ces deux jeunes gens. Il en éprouve une jubilation destructrice, basculant de la joie, au rire pour finir dans la douleur.
Lucie Rouxel est Rosette, manipulée et méprisée, par son innocence, elle en exprime au cours de ses cours passages toute la substance venimeuse que le sort tragique lui réserve.

« On ne badine pas avec l’amour » sur la scène du théâtre Michel Portal à Bayonne, une programmation de la Scène nationale du Sud-Aquitain.
Vue le 021225
Prochaine représentation dans le même théâtre à 20h, le 03 décembre.

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