28 Janvier 2026
« Il ne faut jurer de rien » d’Alfred de Musset, dans une mise en scène d’Éric Vigner sur la scène du théâtre Michel Portal à Bayonne, une programmation de la Scène nationale du Sud-Aquitain, est une plaidoirie entre Amour et Trahison où une vérité, chemin faisant, peut s’immiscer.
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Alfred de Musset, à la fragilité de l’amour exacerbée, dépeint dans cette pièce dite « de proverbe », tout comme d’ailleurs dans son autre pièce On ne badine pas avec l’amour (cliquez), récemment programmée par la Scène nationale du Sud-Aquitain, sa peur d’un amour éphémère. Lui-même échaudé par une trahison dont il ne se remettra pas.
Il ne faut jurer de rien est une pièce écrite en 1836 et interprétée sur scène en 1848. Alfred de Musset, déboussolé par l’échec de sa première pièce en 1830, La Nuit vénitienne, au théâtre de l’Odéon à Paris, avait décidé que ses pièces seraient destinées uniquement à la lecture, déclarant : « adieu à la ménagerie, et pour longtemps ». Un intermède qui dura dix-huit ans.
Ce soir, c’est Valentin, le neveu de son oncle Van Buck, qui doit épouser, sur l’injonction de ce dernier, Cécile, fille de la baronne de Mantes, sous peine de voir ses dépenses somptueuses et sa vie de dandy cesser d’être financées : un oncle quelque peu grognon et obnubilé par l’argent.
Un oncle qui cache bien son jeu et qui dévoilera, dans l’exercice de son projet, une nature de bon vivant, ne rechignant pas à faire la fête : une ivresse libératrice de tensions pécuniaires.
Un mariage que réfute Valentin, bien sûr, ne voulant pas prendre le risque d’être trompé… ah, trahison quand tu nous tiens…
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En conséquence, il entraîne son oncle dans un pari dont il ne pourrait pas sortir indemne : ah, l’amour quand tu t’infiltres dans nos vies… Celui de lui démontrer, en se rendant incognito chez sa promise, cette vérité qui hante son subconscient : celle de la tromperie, de la trahison.
Dans cette comédie de mœurs, légère en apparence, Alfred de Musset décortique, dans une introspection maîtrisée, sa réflexion sur les circonvolutions qui errent entre l’amour, le mariage et leurs désillusions. En résumé, le doute est omniprésent.
Éric Vigner est l’homme du « son » au sens noble du terme. Le son provoqué par la prononciation sans faille des répliques des textes qu’il met en scène est sa boussole.
Sa rencontre avec Marguerite Duras est une étape révélatrice dans sa vie d’artiste, mettant en lumière un travail pointu sur la libération de la parole par sa sonorité. Un travail d’une précision horlogère, avant toute autre réflexion, pour aborder les déplacements nécessaires aux intrigues qu’il voit évoluer de son œil de faucon, privilégiant le jeu des comédiens empêtrés dans leurs tensions psychologiques, sans omettre l’attention portée aux situations cocasses qui sèment des rires réconfortants.
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La sensibilité enflammée d’Émilie Lacoste, qui l’assiste dans cette mise en scène, apporte, dans une conjugaison de visions domptées, une touche élégante de romantisme qui sied parfaitement à la pièce d’Alfred de Musset.
Une mise en scène à la scénographie modulable, épurée, complétée par les musiques de John Kaced et les lumières de Nicolas Bazoge : un savant mélange de sobriété et de discrétion étudiée, au service du texte et de la mise en scène. Jatin Malik Couture n’est pas en reste avec la beauté de ses costumes dignes de mariages indiens, rehaussés par les maquillages et perruques d’Anne Binois.
Les certitudes de Valentin, à l’ambivalence exaltée, qui se fissurent progressivement, sont parfaitement rendues par Nathan Moreira qui, embarrassé par sa malheureuse minerve, a su en faire fi et donner tout son talent au service de la fragilité et de l’arrogance de son personnage.
Esther Armengol, à l’œil coquin, dans le rôle de Cécile, incarne avec beauté une ingénue à l’intelligence émotionnelle réelle, renforcée par une force silencieuse du personnage. Une interprétation qui met en lumière le yin et le yang avec le rôle de Valentin.
Paolo Malassis révèle parfaitement la vraie nature de l’oncle Van Buck, oscillant entre son côté ronchon et celui de fêtard. Son interprétation virevoltante donne du peps à la comédie.
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Esther Lefranc est une baronne de Mantes exquise, aux contradictions comiques. Son travail sur le son et l’expression corporelle est remarquable. Ses facéties emportent le public dans le rire sans gommer le propos dramatique de la situation.
Lucille Oscar Camus, dans le rôle de maître de ballet à la folie philanthropique, et Stéphane Delile, dans celui de l’abbé quelque peu anticlérical, apportent un complément singulier à cette comédie dite « de proverbe ». Leurs jeux ne tombent pas dans la caricature et soulignent habilement l’équilibre subtil de la mise en scène.
Une comédie qui donne de l’espoir dans la relation amoureuse. Éric Vigner en délivre, dans son approche, une sensibilité épanouissante tout en restant lucide sur le propos.
« Il ne faut jurer de rien » sur la scène du théâtre Michel Portal à Bayonne, une programmation de la Scène nationale du Sud-Aquitain.
Prochaine représentation, dans ce même théâtre, le 28 janvier à 20 h.
Vu le 27/01/26