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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

Le Moby Dick

« Le Moby Dick » d’après le roman de Herman Melville, dans une libre adaptation et mise en scène par Lina Lamara, se joue sur la scène du théâtre La Gare du Midi à Biarritz. Cet évènement, organisé par les Amis du Théâtre de la Côte Basque, est un plaidoyer contre la démesure de notre société, vu à travers le prisme de la solidarité et de l’humain.

« Docker un jour, docker toujours ! »

Cette chasse au cachalot blanc, symbole de démesure dans le roman de Herman Melville, est ici transposée dans le milieu brut de décoffrage des dockers du port du Havre, avec l’arrivée d’un monstre des mers qu’il faut abattre : le porte-conteneurs Moby Dick.

Une arrivée qui va mettre le feu aux poudres, symbolisant la démesure.

L’univers particulier présenté est une fresque humanitaire où la solidarité est le maître mot, la substance unifiante d’un monde qui dérape dans le gigantisme, la recherche toujours plus grande de profit, et la réduction de la main-d'œuvre dans la manutention, au nom du soi-disant progrès scientifique et technique.

Une obsolescence programmée qui ne peut aboutir qu’à un conflit entre dockers, conflit qui s’étendra bien au-delà du port du Havre, rappelant la grève des dockers de décembre 2002.

Cette adaptation de Lina Lamara a l’avantage de donner vie sur scène à une troupe de dix personnages bien colorés, à la virilité affirmée, dans une camaraderie sans fausse pudeur, où la vulnérabilité des uns côtoie la force physique et la sueur des autres. La boxe du docker chante une poésie de bistrot dans un naturel qui dénote une mise en scène fluide, proche de l’humain.

C’est une bouffée d’humanité qui nous fait vivre pleinement les angoisses de ces dockers, mis au pied du mur par leur survie, illustrée par des accidents de la vie. La chaleur du propos met en lumière la fragilité de ces hommes, remplis de testostérone, qu’ils mettent à profit dans une force collective salutaire.

Tel un ballet de dockers et de porte-conteneurs, Lina Lamara, assistée de Morgan L’Hostis, fait évoluer ses personnages dans une scénographie évolutive, conçue judicieusement par Vincent Para, éclairée en douceur par Marie Ducatez. La musique de Kenzy Lamara, oscillant entre airs d’opéra et rythmes du Bronx, donne le tempo à cette fresque sociale à la tonalité engagée mais diplomate.

« Docker un jour, docker toujours ! »

Avec un humour marqué par une férocité, Lina Lamara déploie son énergie pour aborder, en nuances, les thèmes de l’amitié, de la famille, de la solidarité, de la fraternité et de l’environnement. Au cœur de l’intrigue, le remplacement de l’homme par la machine dans une compétition toujours plus féroce.

Sans oublier, dans une compromission nécessaire à la continuité du combat des dockers face à leur destin, les erreurs de parcours, comme l’infiltration de la drogue, qui viennent brouiller leur mouvement. Un combat qui pourrait sembler perdu d’avance, mais qui a la noblesse d’âme de ceux qui le mènent, rendant le dénouement encore plus bouleversant : « On importe du chinois, on exporte du vide. »

Une troupe attachante, une famille à la justesse de jeu indéniable, où chacun trouve sa place. Composée de neuf hommes et d’une femme, cette distribution montre que la femme n’a pas traditionnellement sa place dans l’univers viril des dockers. Ici, elle prend notamment les traits de Berda, la directrice du port, ou d'Eva la compagne du docker Sidi Saïd, interprétée avec conviction par Valérie Zacommer.

Une distribution étincelante : Adrien Bernard-Brunel dans le rôle du candide Ishmael ; Alain Leclerc, en capitaine qui enflammera l’esprit des dockers ; Alexis Desseaux (inoubliable dans Kean), dans le rôle de Bob, le chef d’équipe qui fête son départ à la retraite dans un moment inopportun.

Une famille aux noms évocateurs, complétée par une équipe de dockers singuliers, attachants et riches en émotions : Stéphane Titeca est La Poigne, Pierre Benoist incarne Koubiac, Akim Chir, Sidi Saïd, Nicolas Soulié, L’aiguille, Alex Metzinger, Legrand, et Antonio Macipe, Chico.

Une symphonie chorale exemplaire, qui jongle entre tous les registres, du comique à la tendresse en passant par l’émotion, démontrant que l’individualisme n’a pas sa place dans notre société.

« Docker un jour, docker toujours ! »

 

« Le Moby Dick » sur la scène du théâtre La Gare du Midi à Biarritz, une programmation des Amis du Théâtre de la Côte Basque, une production Compote de Prod.
Prochaines représentations : le 09 janvier à Saint-Gaudens, le 30 janvier à Champs-sur-Marne, le 04 février au Havre…

Vu le 08/01/26

 

 

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