11 Janvier 2026
« C’est pas facile d’être heureux quand on va mal », une comédie de Rudy Milstein sur la scène du théâtre La Gare du Midi à Biarritz, mise en scène par l’auteur et Nicolas Lumbreras, un événement Entractes Organisations, est une escapade colorée à la recherche du bonheur via la parole, à l’importance évidente, pour aller mieux.
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Attendrissant dans la pièce « Chers parents » d’Armelle & Emmanuel Patron (cliquez), qu’il a jouée sur cette même scène en 2023, Rudy Milstein nous a concocté, dans un registre où il manie le chaud et le froid magnifiquement, une pièce des plus hilarantes, récompensée en 2024 par le Molière de la meilleure comédie et celui du meilleur auteur francophone vivant.
Beaucoup de sujets sont évoqués sans complaisance, sans faux-fuyants. Au contraire, l’auteur a pris le temps de les décortiquer, de les triturer, pour notre plus grand plaisir de voyeur insatiable. Son humour côtoie subtilement le malaise existentiel des pauvres humains qu’il dépeint férocement, à la recherche du bonheur.
Dans une scénographie des plus simples de Natacha Markoff, mais au pouvoir actif de révéler les névroses que les protagonistes développent au fur et à mesure, devant nos rires qui accompagnent leurs révélations, nous assistons en ouverture au jeu du dilemme : « Tu préfères… », un jeu à l’expression orale qui en révèle beaucoup sur les âmes de cette soirée qui virevoltent joyeusement.
Deux femmes et trois hommes sont les héros excessifs de cette comédie contemporaine qui dépoussière la comédie de boulevard dans un propos qui pourrait nous sembler naïf, léger, sans jamais se vouloir moralisateur, mais qui, au contraire, nous interpelle par sa profondeur d’analyse du mal-être contemporain.
Nous assistons aux tribulations du couple formé par Nora et Jonathan. Un couple usé par le temps : elle est libraire et lui psychiatre. Constance Carrelet et Nicolas Lumbreras forment un couple ordinaire mais attachant. Le psychiatre a comme client Maxime, qui, pour se nourrir, est caissier au Grand Palais, lui qui a obtenu un master en économie. Rudy Milstein s’est approprié le rôle avec une délectation non feinte. Il joue à la perfection le gay à la recherche d’expression corporelle pour trouver sa moitié.
Quant à Nora, elle a pour amie Jeanne, une enseignante dont la vie n’a aucun intérêt si ce n’est de combattre ses démons de toutes sortes. Zoé Bruneau joue ce personnage avec une clairvoyance désarmante.
Pour compléter et achever ce tableau très pittoresque, Timothée, à la poursuite de sa thèse, pense être heureux dans sa vie alors qu’en fait il n’en est rien. Erwan Ténéré déploie beaucoup de malice pour arriver à ses fins et nous a fait beaucoup rire avec le sujet de sa thèse : « Les mots qui n’existent pas en français ».
À tour de rôle, leurs monologues mettent en exergue la sensibilité de leurs personnages, qui ne manquent pas de nous faire réfléchir sur notre propre condition.
Ces personnages parlent beaucoup, mais s’écoutent-ils réellement ?
Le bonheur est-il essentiel, nécessaire à la réussite sociale sans nous faire culpabiliser ? Doit-il nous apaiser ou accentuer le mal-être dans une hypocrisie sous-jacente ?
Pour développer la thèse du bonheur comme injonction sociale, nous voyageons, grâce aux vidéos de Cyrille Valroff, de l’appartement de Nora et Jonathan à celui de Jeanne, en passant par un bar, un hôpital, une librairie, le métro (une scène d’une précision désopilante), un théâtre, sans oublier l’anniversaire de Jonathan à la participation communicative.
Un voyage qui nous transporte sur le rivage de l’amour, nourri de sa peur de l’engagement, de l’échec ou encore de la dépendance affective.
La mise en scène de Rudy Milstein et Nicolas Lumbreras, assistés de Samuel Duthu, est rythmée à souhait, au cordeau. Elle met en évidence une sincérité de jeu portée par des répliques courtes, ciselées, qui accentuent le rythme de l’action. La création des lumières de Denis Koransky et les costumes de Clara Bailly enrichissent la sobriété de la mise en scène centrée sur le jeu des comédiens.
Une comédie qui offre un regard lucide et tendre sur les fragilités humaines, auréolée d’une poésie touchante.
« C’est pas facile d’être heureux quand on va mal », sur la scène du théâtre La Gare du Midi à Biarritz, un événement Entractes Organisations, une Matrioshka Productions.
Reprise au théâtre Lepic à Paris, à partir du 04 février 2026, du mercredi au samedi à 21h.
Vue le 10/01/26