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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

Amadeus

« Amadeus » de Peter Shaffer, dans une adaptation et une mise en scène d’Olivier Solivérès sur la scène du Théâtre Marigny, est une mise en lumière audacieuse de la rivalité entre deux univers : celui de Salieri et celui de Mozart.

Cette nouvelle version m’a fait oublier celle de Pol Quentin que j’avais vue en 1982, dans ce même théâtre, avec François Périer et Roman Polanski.

L’adaptation d’Olivier Solivérès, plus musclée, plus joyeuse, avec sur scène de vrais musiciens et chanteurs d’opéra, nous transporte en 1823, au crépuscule de la vie de Salieri, un compositeur qui prétend avoir tué Mozart il y a trente-deux ans.

Mais qui est-il ?

Si l’évocation de Wolfgang Amadeus Mozart sonne dans toutes les oreilles de nos contemporains, celle d’Antonio Salieri est plus incertaine : elle ne vit que de la légende de sa rivalité avec Mozart. Pour les connaisseurs, il fut une personnalité incontournable de la vie musicale viennoise, à la cour de l’empereur Joseph II. Ludwig van Beethoven, Franz Schubert ou encore Franz Liszt furent, par exemple, ses élèves.

Antonio Salieri nous accueille avec sa voix d’outre-tombe, invoquant les fantômes, Dieu, allant même jusqu’à pactiser avec Lui. Sa mémoire lui faisant défaut, il se sent coupable, coupable du péché de gourmandise, tout en voulant se confesser auprès de nous d’un crime qu’il aurait commis : celui d’avoir conduit à sa perte son rival, Mozart.

La musique est l’art de Dieu, à tel point qu’il Lui réclame de lui donner un peu du talent de Mozart. Mais que faire, comment se comporter quand on fait face à un génie ? La lumière face à la noirceur.

Olivier Solivérès concentre l’action sur le personnage de Salieri ; Mozart en passerait presque au second plan.

Dans son délire, Salieri se revoit à Vienne en 1781, à l’âge des Lumières, à l’arrivée de Mozart, de six années son cadet, alors qu’il est déjà établi comme compositeur officiel de la cour impériale des Habsbourg.

Dans une instabilité financière — celle de Mozart — les tensions sont palpables avec Salieri, accentuées par une rivalité professionnelle exacerbée. La musique de Mozart aurait un peu trop de notes sur des partitions qui ne comportent aucune rature, aucune correction.

Nous découvrons un Mozart grand enfant, facétieux, provocant, insolent, grivois, dont le rire nous chatouille les tympans, complété par des pets tonitruants. La panoplie complète d’un compositeur de génie à qui tout est pardonné, ou presque…

Dans une fable bien établie, nous ne pouvons qu’être consternés par la cruauté dont fait preuve Salieri envers Mozart, à se demander s’il ne serait pas réellement coupable du déclin précipité de ce dernier, dont la naïveté confine parfois au maladif.

La scénographie de Roland Fontaine permet, avec ses décors mouvants et étincelants, éclairés par Alban Sauvé, une fluidité nécessaire à l’intrigue qui, dans un rythme effréné, dévoile toutes les facettes de la rivalité entre deux hommes imprégnés de leur musique. Les costumes de David Belugou, rehaussés par les perruques de Nathalie Tissier, donnent un éclat particulier à cette fresque théâtrale.

Ce qui permet à la mise en scène d’Olivier Solivérès, assisté de Pierre Marazin, d’être percutante et envoûtante, dans une immersion musicale qui donne envie de se replonger dans la musique de Mozart.

Thomas Solivérès interprète à la perfection un Mozart exubérant, à la fois insolent et irrésistible, habité par une fragilité humaine qui côtoie le comique et le tragique.

Jérôme Kircher incarne un Salieri tout en nuances : son admiration pour Mozart se conjugue à une haine profonde, dans une présence impressionnante.

L’alchimie entre ces deux comédiens éclaire d’une lumière symphonique cette dualité qui oppose l’obsession de l’un au talent de l’autre.

Éric Berger (l’Empereur), Lison Pennec (Constance), Laurent d’Olce (le comte Orsini-Rosenberg), Philippe Escudié (le baron von Swieten) et Romain Pascal (le chambellan von Strack) gravitent autour de nos deux héros en les sublimant.

Laurent Arcaro, baryton ; Flore Philis, reine de la nuit magnétique ; Artus Maël, basse ; Stella Siecinska (Catharina) ; Loïc Simonet (violon) ; Marjolaine Alziary et Jade Robinot (violoncelles) apportent une résonance émotionnelle à l’illustration musicale de la pièce, renforçant ainsi la rivalité entre Salieri et Mozart.

Olivier Solivérès signe ici une relecture captivante de la pièce de Peter Shaffer. Son audace d’adaptation met en exergue la puissance dramaturgique de l’œuvre tout en séduisant un nouveau public.

« Amadeus » sur la scène du Théâtre Marigny : les mercredis et jeudis à 20 h, les vendredis et samedis à 21 h, matinée le dimanche à 15 h.
Vu le 01/02/26

 

 

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