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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

Une heure à t'attendre

« Une heure à t’attendre » de Sylvain Meyniac, dans une mise en scène de Delphine de Malherbe, sur la scène du Théâtre de Paris, salle Réjane, est une heure de réflexion sur l’intime, où la tension psychologique se conjugue avec le miroir de l’âme.

Un piano, au loin, joue quelques notes qui annoncent… une heure à attendre… mais qui ?

Un homme apparaît dans la pénombre, vêtu de son imperméable, empli d’une tension qu’il souhaite libérer. Il s’assoit et allume, dans une délicatesse confondante, une cigarette.

Qui est-il ? Que fait-il dans le noir ? Qui attend-il ? Un homme ? Une femme ?

Un autre homme, à l’allure décontractée, fait son entrée dans cet appartement simplement décoré par Catherine Bluwal et éclairé par Stéphane Baquet, qui pourrait bien être une garçonnière… S’engage alors un dialogue surréaliste à la subtilité désarmante.

« Vous êtes l’amant et moi le cocu » : le ton est donné.

Un triangle amoureux, comme il est rare d’en voir sur une scène où le théâtre dit de boulevard en a fait ses choux gras, et qui se transforme en un face-à-face percutant.

Le mari reçoit l’amant de sa femme non pas pour lui conter fleurette, mais pour le mettre au pied du mur, lui donnant l’occasion de réfléchir à son avenir, à son couple qu’il forme avec « la maîtresse », dont l’évocation continuelle en fera un personnage présent tout en étant absent. Tout les oppose, mais tout les réunit aussi.

D’où naissent les mensonges… On ne peut tromper l’être que l’on aime… Aimer, c’est un combat… On ne garde pas une femme, elle reste…

Pierre, le mari, riche avocat d’affaires à la célébrité masquée, et Daniel, l’amant, écrivain à la célébrité déclarée, vont, pendant cette heure à attendre la femme, se confronter dans un dialogue où l’Amour triomphera. Oui, mais de quel côté ?

Sylvain Meyniac a écrit une pièce au dialogue subtil et raffiné, dans laquelle il explore la psychologie des relations humaines. Dans un jeu du chat et de la souris aux retournements de situation inattendus, il exploite, dans ce huis clos plus que maîtrisé, l’intimité des personnages qui se mettent à nu pour cette femme qui les fait tant vibrer, non sans une touche d’humour qui émaille les réparties, comme : « Vous couchez avec ma femme, vous faites partie de mon patrimoine ».

Dans les silences, aussi importants que les paroles, ce qui pourrait s’apparenter à une lenteur programmée, Delphine de Malherbe a su en tirer, sans fioritures, profit pour en extraire la substance de la perception de la notion de l’attente, de la tension dramatique présente à chaque instant. Sa mise en scène met en lumière l’amour, la rivalité, la jalousie, ce besoin de reconnaissance ou encore l’explosion de la vérité des sentiments propres à chacune des parties, dans un appartement coupé du monde où seule l’absence de la femme donne vie à cette histoire.

Point de portes qui claquent dans l’écriture et la mise en scène, mais surtout une volonté de mettre en avant, dans un rire sous-jacent, une réflexion sur la communication.

Une réflexion portée au sommet de leur art par deux comédiens habités par la passion qui les anime d’être sur scène. Ils jouent avec le quatrième mur comme ils jouent avec cette femme absente de la scène mais présente dans leurs yeux, leurs bouches, leurs corps.

On savoure pleinement leurs présences, leurs vulnérabilités.

Nicolas Vaude, dans le rôle du mari cynique aux sourires endiablés, fait preuve d’une finesse de jeu époustouflante, autant par ses paroles que par ses silences. Dans le détachement lunaire qui le caractérise, il capte toute notre attention pour nous conduire dans sa réflexion, de sa position de cocu à la pensée tortueuse.

Thierry Frémont n’est pas en reste dans le rôle de l’amant. Il incarne avec authenticité une fragilité bien réelle, confrontée à une réalité qui le laisse sur la réserve. Sa présence énigmatique nous laisse entrevoir, au fil de l’intrigue, une renaissance de l’amour qui pourrait bien nous saisir.

Ils forment un duo attachant, déroutant, mais aussi nécessairement complémentaire où, dans ce moment suspendu, cette cohabitation, cette observation mutuelle, les non-dits sont aussi importants que les paroles et les actes, le tout dans une dynamique de confrontation réjouissante.

« Une heure à t’attendre », sur la scène de la salle Réjane du Théâtre de Paris, jusqu’au 30 avril, du mercredi au vendredi à 21 h, le samedi à 16 h 30 et 21 h.
Vue le 31/01/26

 

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