1 Février 2026
« Les Caprices de Marianne », d’après Alfred de Musset, dans une mise en scène de Jean-Marie Ledo, sur la scène du théâtre Le Guichet Montparnasse, est une comédie où le drame vient sournoisement frapper à la porte.
Dans la série des Spectacles dans un fauteuil, des spectacles pour être lus et non représentés, voire mon billet sur la pièce « Il ne faut jurer de rien », Les Caprices de Marianne apportent, dans une version retravaillée par l’auteur et présentée ce soir, un vent de romantisme dont la fièvre nous subjugue.
Une histoire d’amour dans laquelle Alfred de Musset, avec sa plume élégante, ne cesse de s’impliquer dans les rôles des amants, tout en mettant en valeur la figure féminine incomprise, malgré un point de vue masculin omniprésent.
Dans ces caprices, le trio Marianne-Célio-Claudio mène la barque de l’amour, qui dérive sur un fleuve capricieux.
Célio aime Marianne, la femme du juge Claudio, mais il n’ose pas l’aborder ; toutes ses tentatives échouent lamentablement : elle aime son mari.
Une opportunité s’offre de nouveau à lui pour lui déclarer sa flamme, en présence de son ami Octave, cousin de Claudio. Ce dernier lui propose son concours pour faire part à Marianne de ses nobles intentions, mais malheur et damnation : Marianne tombe amoureuse d’Octave. Tout en sachant que Claudio veut éliminer tous les galants qui ont des vues sur sa femme, Marianne n’aspire qu’à une chose : sa liberté de vie et de choix.
Dans ce contexte plus que délicat, Jean-Marie Ledo, avec son approche sensible de la littérature et la précision de sa mise en scène, propose une adaptation sans fioritures du texte d’Alfred de Musset, mais avec un respect sans faille du propos et du cadre romantique de l’auteur.
Dans une mise en scène au rythme élégant et fluide, où tous les comédiens sont sur scène, Jean-Marie Ledo canalise les énergies en distribuant judicieusement les cartes de cette partie où la vie et l’amour sont en jeu. Sa vision des contradictions des personnages et de leurs subtiles relations, accompagnée d’une sobriété de la scénographie et du jeu, met en valeur le texte dans sa pureté d’écriture.
Il n’y a pas d’effet de manche, mais un respect de l’intrigue qui donne la part belle aux émotions, dans la richesse de la langue d’Alfred de Musset.
Une critique avisée de la société, avec ses mariages de convenance pour des épouses vertueuses, où la réputation et l’honneur doivent être préservés à tout prix : l’hypocrisie est au rendez-vous !
La sincérité des sentiments a-t-elle sa place dans une société où les caprices ne sont pas permis ? La raison l’emporte-t-elle sur le désir ? La peur du scandale pointe le bout de son nez quand les âmes sensibles s’éveillent.
Valentine Allard campe une Marianne émouvante, sensible, vraie, dans sa composition du papillon qui tente d’éclore.
Alexandre Fernandes, dans le rôle de Célio, montre habilement la complexité du personnage dans son approche amoureuse, liée au sacrifice d’une cause perdue.
Jean-François Labourdette est un Claudio juste et nuancé, mettant en avant son dilemme intérieur.
Aristide Maloisel joue un Octave dans un bel équilibre : l’ami désabusé et lucide de sa condition.
Laurent Moulin, dans le rôle de Tibia, et Jean-Marie Ledo, dans celui de Pippo, incarnent avec sobriété leurs rôles de valets au service de cette bourgeoisie figée dans une société désabusée, non sans une pointe d’humour pour Tibia.
« Les Caprices de Marianne » sur la scène du théâtre Le Guichet Montparnasse, les dimanches à 20 h, jusqu’au 29 mars.
Vu le 01/02/26