2 Février 2026
« Judith Magre dit Aragon », avec la complicité d’Éric Naulleau, sur la scène du Théâtre de Poche-Montparnasse, est une causerie poétique à la sobriété théâtrale puissante.
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Nous sommes accueillis par Judith Magre, habillée par Mine Vergès, en mode conférencière, assise derrière sa table ornée d’une nappe rouge, couleur d’un théâtre qui est sa vie, et mise en valeur par les lumières d’Antonin Bensaïd.
À ses côtés, Éric Naulleau, la mouche du coche de la soirée, qui, par son esprit incisif de commentateur érudit, donne un juste équilibre entre l’intervention de Judith Magre et ses commentaires.
Dans un balayage qui va de la naissance adultérine de Louis Aragon en 1897 à sa mort en 1982, nous parcourons, au gré des textes et poèmes dits par Judith Magre, toute la vie d’un poète, romancier et journaliste.
Mais qui était Aragon ?
Dans le fil rouge de cette causerie, qui s’oriente vers Aragon et l’amour — « l’amour qui n’est pas un mot » —, nous découvrons les moments clés de son œuvre. De l’amour maternel, pour lequel il ne prononcera jamais le mot « maman », à l’amour des deux femmes de sa vie, Nancy Cunard et Elsa Triolet, Louis Aragon est une figure singulière du siècle dernier.
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Dans un duo parfaitement huilé, les principales étapes de la vie d’Aragon sont dépeintes avec humour, tendresse et lucidité.
Un parcours jalonné de chansons interprétées par Jean Ferrat, Léo Ferré ou encore, pour le fun, par Nicolas Peyrac.
Pas moins de quatorze textes et poèmes agrémentent cette causerie, parmi lesquels « Les Yeux d’Elsa » et « Il n’y a pas d’amour heureux ». Un choix pertinent qui permet de partager la langue affûtée et les émotions d’un auteur qui marqua nos esprits.
Deux poèmes font particulièrement corps avec Judith Magre. Son souffle, sa voix et sa diction, reconnaissables entre tous, nous donnent la chair de poule et, les yeux fermés, nous vivons intensément la vie et les épreuves qu’Aragon a traversées.
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Aragon, un homme qui n’aime pas les gens mais qui aime l’amour. Une complexité remarquablement décrite par les interventions d’Éric Naulleau tout au long du parcours de cette grande figure poétique du XXᵉ siècle. De ses études de médecine, où il rencontra André Breton, qui le fascinera (une sorte d’amour), à son dernier souffle, où il resta officiellement membre du Comité central du PCF.
Il fut une figure du dadaïsme, du surréalisme, médecin auxiliaire pendant la Première Guerre mondiale, puis, refusant de poursuivre ses études, il se consacra à l’écriture, du roman à la poésie en passant par le journalisme.
Une tentative de suicide viendra égratigner une vie pourtant bien remplie d’amour : un amour passionnel succédera à un autre et la vie poursuivra son chemin.
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De nouveau mobilisé comme médecin auxiliaire lors de la Seconde Guerre mondiale, il prit résolument parti pour la Résistance avec ses amis poètes contre le nazisme.
A-t-il aimé sa vie ? Lui qui a tant aimé l’amour, au point de l’aimer sous toutes ses formes après le décès de sa muse, Elsa Triolet.
Des anecdotes pertinentes et piquantes d’Éric Naulleau à la grâce énigmatique et souriante de Judith Magre, cette causerie, à la musicalité apaisante, éveille notre curiosité avec finesse et humour pour comprendre comment ce poète a traversé les tensions de son siècle.
« Judith Magre dit Aragon », sur la scène du Théâtre de Poche-Montparnasse, les lundis à 19 h.
Vue le 03/02/26