La double inconstance

 

« La double inconstance » de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux dans une mise en scène de Philippe Calvario au théâtre 14 : fichtre, diantre, un Marivaux drôlement troussé dans un éclairage végétal à la tragédie naissante.

 

afficheDans une musique qui aura tout au long de la pièce son importance, une musique qui servira de tempo à tous ces désirs, ces passions qui se dessinent tout au long de cette journée découpée en trois actes ; l’héroïne de cette comédie, si l’on peut l’appeler ainsi, Sylvia, apparaît dans un fracas qui nous sort de cette douceur qui se mettait en place.
Sylvia au cœur pur, amoureuse d’Arlequin, est retenue dans le palais du Prince, qui l’a fait enlever pour l’épouser. L’officier du palais, Trivelin, tente de la convaincre du bien fondé du désir du Prince. Mais cette dernière n’a que faire de sa demande, elle ne le connaît pas et aime Arlequin. Elle ne veut voir que son amour : Arlequin.
Devant tant d’obstination, Flaminia au service du Prince, avec ses poches remplies de stratagèmes, envoie sa sœur Lisette pour séduire Arlequin, mais elle échoue lamentablement.
C’est donc Flaminia qui va tenter de séduire Arlequin pour le détourner de son amoureuse Sylvia et détruire leur relation fusionnelle.
Mais entre-temps la situation se complique, puisque le Prince, s’étant fait passer pour un simple officier, aura réussi à séduire Sylvia qui ne sera pas restée indifférente à ses charmes. Mais jusqu’à quand cette ruse restera cachée, car si le Prince souhaite réellement épouser Sylvia, il faudra bien un jour se découvrir.

la-double-inconstance-pascal-victor-artcompress-2Ici règne dans ce palais, le royaume de la manipulation : le Prince via Flaminia, Lisette et Trivelin n’a qu’un seul but, détourner Sylvia d’Arlequin et réciproquement. Seule Flaminia dont les ruses n’ont plus de secret pour ces intrigues de palais réussit dans son entreprise.
Trivelin est complètement dépassé par les évènements ou aveuglé par son amour pour Flaminia.
Quant à Lisette, la pin-up des temps modernes, elle est à cent lieues de posséder les stratagèmes pour réussir dans une telle aventure.

Deux mondes s’opposent, symbolisés par ce décor à deux niveaux.
Celui du monde rural, pauvre, paysan, en bas de l’estrade, sur le sol, avec Sylvia et Arlequin à qui on peut faire miroiter beaucoup de plaisirs et celui de la cour, où la corruption, la coquetterie et l’argent sont les moteurs d’une vie instable, perché sur une estrade avec en prolongement un mur végétal rempli de lierre aux accents de serpents, symboles du péché, complice de ces intrigues.

double_inconstance_1-1024x377

L’amour éternel en opposition à l’amour éphémère, un couple uni qui séparé en donne deux. Une inconstance amoureuse qui se double, d’où le titre.
Une pièce qui se veut être une comédie mais qui dans les mains de Philippe Calvario prend une couleur qui tend vers une noirceur, une gravité, comme dans un conte fantastique.

Posséder ce que l’on n’a pas, user de tous les subterfuges pour arriver à ses fins : mais une fois arrivés au but, sommes-nous satisfaits ? Ne voulons-nous pas toujours plus ? Une course qui devient une obsession dans ce jeu de dupes, dont le vainqueur ne sera certainement pas celui que l’on attendait, si vainqueur il y a.

LA DOUBLE INCONSTANCE (Philippe CALVARIO) 2019Sophie Tellier dans sa robe fourreau d’un vert éclatant, en rousse flamboyante, incarne avec beaucoup de conviction cette Flaminia manipulatrice à souhait. Sa sœur Lisette, son opposée, dans les traits d’Alexiane Torres à la voix grave, donne une touche d’exotisme avec sa robe aux couches de tissus impressionnantes et ses talons perchés : des costumes de Coline Ploquin très remarqués.
Le Prince dans la peau de Luc-Emmanuel Betton, aux accents d’un Farinelli endiablé, joue dans une belle musique, avec sincérité et assurance, son amour pour Sylvia.
Il est accompagné de Trivelin, ce soir Philippe Calvario, un brin mystérieux, réfléchi, à la recherche du compromis satisfaisant pour les deux parties. Un regard qui ne laisse pas indifférent.
Maud Forget est une Sylvia qui a les pieds sur terre ; une naïveté de premier abord qui laisse place à un caractère bien trempé, déterminé dans ses choix de vie jusqu’à l’explosion de ses convictions.
Enfin notre Arlequin joué par Guillaume Sentou confirme son talent de comédien après ses passages remarqués dans « Edmond » et « Intra Muros ». Il est un Arlequin rempli de vie, d’une agilité digne de son patronyme. Son œil rieur et sa bonne humeur donnent un peu de légèreté dans cette mise en scène un peu sombre au rythme langoureux.

Un Marivaux dépoussiéré, iconoclaste qui vaut le détour !

 

« La double inconstance » au théâtre 14, mardi, vendredi et samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h00 jusqu’au 20 avril.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close