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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

Les liaisons dangereuses

« Les liaisons dangereuses » dans une adaptation et une mise en scène époustouflantes d’Arnaud Denis d’après le roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos, sur la scène de la Comédie des Champs-Elysées est une vision cruelle de la société par deux monstres insatiables.

 

Une cérémonie d’ouverture théâtralisée, impressionnante, sur la musique de La Grande Sarabande d’Haendel, qui laisse entrevoir son lot de vengeances concocté par des protagonistes aux regards cruels, embarqués dans un duel sans pitié.

Le sort en est jeté sur une pucelle…dépucelée…nullement maniérée au regard langoureux : tel est le sort que réserve la marquise de Merteuil à la petite Cécile de Volanges, tout juste sortie du couvent et promise au comte de Gercourt, par l’entrecuisse du vicomte de Valmont qui de son côté a une vue irrésistible sur Madame de Tourvel, une femme mariée et pieuse comme il n’est pas permis.

Dans un langage délicieux retranscrit du XVIIIe, et des décors somptueux de Jean-Michel Adam mis en valeur par les lumières de Denis Koransky, sur une musique de Bernard Vallery, une marquise veut se venger d’une ancienne infidélité tandis qu’un vicomte veut étoffer son palmarès de conquêtes.

Une marquise et un vicomte, deux aristocrates libertins, qui élaborent des jeux de séduction et de manipulation pour assouvir leurs désirs de vengeance et de pouvoir. Chacun devra faire un pas vers l’autre afin que leurs volontés s’accomplissent, au risque de se détruire l’un l’autre. D’ailleurs dans leur liaison passée, à fleur de peau, leur passion l’un envers l’autre serait-elle éteinte ? Leur Amour serait-il trépassé ?

 Jusqu’où sont-ils capables de compromissions pour atteindre leurs buts ? Faisant fi des dommages collatéraux, dans ces liaisons dangereuses, seuls leurs intérêts sont vitaux.

Une exploration de la perversion mise en exergue par Choderlos de Laclos et parfaitement retranscrite par Arnaud Denis, dans laquelle son adaptation des 175 lettres, que compose le roman, donne une dynamique de jeu servie par des dialogues percutants à la finesse du XVIIIe. Tour à tour les émotions palpables s’entrechoquent avec un humour corrosif où la vision du serpent comme symbole phallique, ou encore la cerise confite, déclenchent les rires malgré la noirceur des propos, des situations où les alcôves révèlent leurs intimités destructives : ce n’est pas ma faute répétera sans cesse le vicomte sur ordre de la marquise. De Marivaux à Laclos, les intrigues amoureuses prennent une autre dimension, les propos galants, les flatteries, ont fait place à la cruauté, la perfidie, la perversité, tout en conservant leur préciosité.

Une tension dramatique superbement mise en valeur par la mise en scène au cordeau d’Arnaud Denis, assisté de Georges Vauraz, telle une partition vivante, dynamique, dont les notes chatouillent nos oreilles, le tout appuyé par les magnifiques costumes et les perruques de David Belugou, restituant dignement la noblesse du XVIIIe.

Un chef d’œuvre de la littérature française qui dans ses thèmes n’a pas pris une ride, interprété dans une modernité éblouissante de cruauté, retranscrite audacieusement par Arnaud Denis.

Une distribution exceptionnelle pour une pièce exceptionnelle :  Delphine Depardieu dans le rôle de la marquise de Merteuil, auréolée de son Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre privé, largement mérité, excelle majestueusement, avec un soupçon d’humanité, dans la cruauté et le cynisme, Valentin de Carbonnières n’est pas en reste dans le rôle du vicomte de Valmont, son œil coquin, attendrissant, laisse place à la noirceur de sa frivolité dans une complexité vulnérable.

Salomé Villiers dans Madame de Tourvel dévoile une sensibilité de jeu, elle est bouleversante par son innocence et sa souffrance qu’elle doit à Valmont. Marjorie Dubus en Cécile de Volanges, tout en justesse, apporte un vent de fraîcheur, d’innocence, de bonté qui adoucit la monstruosité de ses aînés. Quelle bonne idée d’avoir confié le rôle de Madame de Rosemonde à Raphaëline Goupilleau, elle apporte avec un œil lucide à la fois facétieux, un humour réconfortant. Ses réparties éloignent de la grisaille tout en rassurant son auditoire. Pierre Devaux dans le rôle de Danceny, porté par un amour inconditionnel à la fragile Cécile joue parfaitement l’amoureux transi. Guillaume de Saint Sernin dans le rôle du valet rend parfaitement bien le fait qu’il n’est pas dupe des intrigues qui gravitent dans son pré carré.

Un véritable coup de cœur ! Une comédie qu’il faut absolument voir : une réflexion sur les rapports humains, une interrogation sur le pouvoir, sur la séduction et sa cruauté : incontournable.

 

« Les liaisons dangereuses » sur la scène de La comédie des Champs-Elysées. Vue le 290525 Représentations du mercredi au samedi à 21h, matinée le dimanche à 16h.

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